« Vous pouvez redonnez votre clé à n’importe quel moment, mais vous ne pourrez jamais partir »: ainsi chantaient les Eagles dans l’iconique Hotel California, une oeuvre portant sur le système hollywoodien et l’industrie cinématographique. Avec sa pièce Le testament des célébrités, l’auteur Jon Lachlan Stewart nous rappelle que cette emprise éternelle sur les acteurs est malheureusement toujours d’acualité.
L’histoire est un peu déjà connue: sur les planches du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, le metteur en scène Olivier Morin nous raconte la vie d’enfants acteurs devenus adultes, et dont l’existence continue d’être marquée par l’oeuvre particulièrement populaire à laquelle ils ont consacré de nombreuses années.
Pire encore, l’autrice de ladite série, intitulée ici Grimblegitch, a fini par s’avérer être une conservatrice de la pire espèce, multipliant les déclarations incendiaires qui lui valurent l’opprobe d’une bonne partie de son public.
Qu’à cela ne tienne, après un drame terrible lors de la remise d’un Oscar célébrant la carrière de ladite autrice, trois des principaux acteurs de la série s’engagent à tourner l’ultime chapitre d’une saga qui finirait donc par compter pas moins de 15 épisodes.
Multipliant les revirements de situation, les clins d’oeil et les moments plus dramatiques, Le testament des célébrités s’aventure sur un terrain certes déjà défriché par d’autres, mais qui mérite d’être de nouveau arpenté. Après tout, les reprises, suites et oeuvres dérivées continuent de polluer nos écrans… Sans compter les jouets, livres, jeux vidéo, accessoires… Et doit-on encore parler de l’autrice d’une certaine série pour enfants qui continue d’engranger les millions, même après avoir clairement exprimé ses opinions transphobes?

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Si l’on apprécie franchement la franchise de M. Lachlan Stewart, ainsi que la candeur, en quelque sorte, avec laquelle il tire à boulets rouges sur un système qui pourrit lentement de l’intérieur, on déplorera peut-être la multiplication des thèmes abordés durant la pièce.
Car il n’y a pas que la question de la séparation entre un artiste et son art; il y a aussi l’idée de cet Hollywood qui dévore ses acteurs et autres travailleurs, à l’instar de Saturne dévorant ses enfants. Et par-dessus tout ça, il faut ajouter l’arrivée de l’intelligence artificielle. Tout cela en 90 minutes tapantes. Ouf! Sans compter les traumatismes exprimés par chacun des trois personnages sur scène…
C’est beaucoup. Est-ce trop? Pas nécessairement, mais on passe rapidement d’un point à un autre, tout comme l’on change rapidement de perspective – assistons-nous à une séquence de tournage, à une entrevue, à une réflexion personnelle? Et puisque cela s’effectue sans changer de décor, ni même de costume, pour la comédienne Chloé Germentier, qui joue au moins deux personnes, on court le risque de s’égarer.
Grinçant, franchement amusant, Le testament des célébrités dénonce, parfois maladroitement, ou avec un peu trop d’empressement, un monde névrosé, gangrené, duquel il semble être impossible de s’extirper. Une oeuvre à voir.
Le testament des célébrités, de Jon Lachlan Stewart, traduit et mis en scène par Olivier Morin
Avec Gabriel Favreau, Chloé Germentier et Rebecca Vachon
Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 9 mai





