Si l’écoute de Michael n’est pas particulièrement désagréable et s’avère même divertissante jusqu’à un certain point, il n’en demeure pas moins que cette production ramène rapidement tout ce qui agace, cloche et fait défaut dans la majorité des biopics musicaux, y apportant une réalité discordante et, finalement, franchement aberrante.
Décidément au cinéma, les Jackson, toutes familles confondues, peuvent toujours compter sur leurs siens pour les interpréter au grand écran.
En effet, après O’Shea Jackson Jr., qui s’est vu marcher littéralement dans les traces de son père mieux connu sous le nom d’Ice Cube, voilà que Jaafar Jackson, neveu du fameux Michael portant le même nom de famille, se retrouve à enfiler les chaussures du roi de la pop.
Si Straight Outta Compton avait lancé une carrière d’acteur, en plus de ramener le réalisateur F. Gary Gray à ses débuts en vidéoclips, le bien nommé Michael en fait autant avec Antoine Fuqua, qui délaisse finalement les films gonflés à la testostérone pour les vocalises aigus et distinctes de l’homme qui a popularisé le moonwalk.

Ne faites pas le saut, toutefois. Car Universal nous refait le coup de Wicked et Wicked For Good.
En effet, le très long film promis n’a pas lieu et au bout des deux heures du long-métrage, on arrête au sommet de la carrière de l’artiste et on ouvre la porte vers une suite qui devrait prendre l’affiche dans les prochaines années, réutilisant possiblement beaucoup de matériel laissé en salle de montage.
La formule est toutefois juste assez énigmatique, surtout en l’absence de mention que ceci serait une première partie, dans le cas, bien sûr, où l’on devrait avorter le projet si la première partie ne rapporte pas l’argent espéré.

Certes, certains biopics font le choix volontaire de se concentrer uniquement sur une partie précise de la vie d’une vedette, comme par exemple A Complete Unknown de James Mangold sur Bob Dylan. Sans oublier que de couvrir plusieurs décennies implique toujours de faire des choix narratifs.
Le hic c’est que cela pardonne moins lorsqu’on coupe autant les coins ronds au point de favoriser sa vision au détriment de la réalité.
De quoi retrouver tout ce qui avait déplu dans le Bohemian Rhapsody du même producteur Graham King, dont l’une des rares bonnes idées sera l’irrésistible présence de Mike Myers qu’il nous ramènera.

Ainsi, entre les obligations et interdictions légales, comme les moments marquants et immanquables, au-delà d’une reconstitution sommes toutes satisfaisante de ce budget imposant de près de 200 millions de dollars, on retrouve dans le scénario du caméléon John Logan la mauvaise manie de la page Wikipédia et du jukebox musical.

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Au moins, on s’en est tenu aux enregistrements originaux plutôt qu’à des reprises, bien que cela fait bizarre d’utiliser une version studio pendant un gala en direct.

On sourit et on se trémousse d’un fait et d’une chanson à l’autre sans que le coeur y soit vraiment.
Probablement parce que d’une part on essaie de justifier les déboires de l’artiste (comme son désir de l’image parfaite via ses chirurgies nasales ou celui plus malaisants en insistant sur son rapport auprès des enfants), et que de l’autre on le simplifie à un génie isolé majoritairement castré par son propre père.
Produit par presque tous ses frères et soeurs (sauf Janet qui est mystérieusement absente du long-métrage), on y voit ici une autre histoire de règlements de compte alors qu’on lisse les éléments qui nous plaisent. Comme c’était le cas dans le film de Queen qui démonisait presque uniquement les mauvais plis de Freddie Mercury par son homosexualité, alors que les autres membres encore vivants et impliqués dans la production passaient pour de bons maris responsables.

On savait certes que Michael était un être torturé à l’enfance volé (tous les parallèles avec Peter Pan et Neverland y sont présents d’ailleurs en grande quantité), mais de résumer le tout comme d’un affrontement incessant entre son père et lui est des plus réducteurs.
D’autant plus que Colman Domingo, étant qui il est, est à nouveau beaucoup trop truculent pour qu’on le déteste vraiment, à l’inverse du Joseph Jackson qu’il incarne. À ses côtés, Nia Long dans la peau presque angélique de Katherine Jackson, la mère, est dépeinte de manière plutôt ingrate. Alors que Miles Teller à la volumineuse chevelure semble simplement s’être trompé de production.

Au reste, si le génie de la superstar est indéniable, difficile de s’imaginer qu’il créait ses succès en solo dans une petite grange, des mélodies aux paroles en passant par les chorégraphies, surtout quand on mentionne brièvement Quincy Jones et fait abstraction de collaborations aussi notables que Paul McCartney et Stevie Wonder.
Michael fait revivre la puissance de plusieurs des meilleures chansons de MJ, principalement dans une salle IMAX, à condition de ne pas trop penser au traitement aussi aléatoire que parfois révoltant qui a été attribué à son histoire. Une aseptisation typique d’une réalité beaucoup plus complexe qu’on essaie de nous la faire avaler.
3/10

Michael prend l’affiche en salle ce vendredi 24 avril.





