Au moment de recevoir l’aide médicale à mourir, l’humoriste Pierre Légaré aurait déclaré: « Je vais prendre un club sandwich mayonnaise » au médecin venu lui administrer les médicaments qui le feraient passer de vie à trépas. Pour sa fille Manuelle, cet événement dramatique fut le départ d’une longue réflexion sur cette pratique toujours plus populaire au Québec.
Sur les planches de l’Usine C, Mme Légaré présente ses conclusions, ou plutôt ce qui pourrait être considéré comme un rapport d’étape, sous la forme d’une pièce documentaire. Des souvenirs liés à son père à un regard statistique, voire même sociologique sur l’aide médicale à mourir, Club sandwich mayonnaise vise clairement à susciter une discussion à propos d’une avancée médicale considérée par bien des gens comme une vache sacrée, quelque chose qu’il est interdit de remettre en question.
Au-delà des moments touchants entre un père et sa fille, moments qui ont largement été enregistrés pour la postérité, pour garder une trace de ces derniers instants, Mme Légaré lève le voile sur ce qui pourrait passer pour des incohérences dans le système de santé québécois.
Après tout, à voir l’état du réseau public, à voir comment les soins palliatifs, pourtant partie intégrante de la Commission mourir dans la dignité, sont le parent pauvre de l’accompagnement des patients en fin de vie, force est d’admettre que l’on peut se demander si, effectivement, il n’existerait pas une certaine pression sociale – directe ou non – pour que des gens éprouvant des douleurs chroniques décident de demander l’aide médicale à mourir, plutôt que d’endurer leurs maux pendant encore des semaines, des mois, voire des années.
Qu’en est-il, aussi, de ces médecins qui multiplient les interventions d’aide médicale à mourir à un rythme tel que l’on pourrait se croise sur une chaîne de montage?
Toutes ces questions, et bien d’autres, sont mises de l’avant par Mme Légaré, et s’avèrent tout à fait légitimes.

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Là où le bât blesse, c’est lorsque l’on combine la recherche documentaire aux anecdotes personnelles. Peut-être que le Québec est le « champion du monde » de l’aide médicale à mourir, mais cette procédure ne représente encore que 8% des décès. Peut-être qu’il peut exister certaines dérives, mais s’il existe des preuves de mauvais traitements, celles-ci semblent plutôt porter sur les soins de santé en général, plutôt qu’uniquement sur l’aide médicale à mourir.
Ce qui est aussi particulièrement apparent, c’est que Mme Légaré n’a toujours pas fait son deuil de la mort de son père, celui-ci, atteint d’un cancer, ayant réclamé de recevoir l’aide médicale à mourir « aussi vite que possible ». Et le père et sa fille ne semblent pas avoir eu le temps de discuter de cette décision, alors que cette dernière a clairement été traumatisée par le fait de devoir organiser la mort de son père.
Est-ce que cette expérience personnelle est venue teinter la perspective de l’autrice par rapport à l’aide médicale à mourir? Sans aucun doute. Cela ne veut pas dire que le résultat de la recherche documentaire n’est pas intéressant. Mais il est clair que de se mettre soi-même en scène influe sur ce qui est présenté sur scène. Avec, peut-être, une incompatibilité entre certaines affirmations et la réalité des faits.
Malgré tout, Club sandwich mayonnaise demeure une oeuvre intéressante, qui suscite bien entendu de nombreux questionnements. Une pièce incomplète, certes, mais qui brasse néanmoins la cage.
Club sandwich mayonnaise, de Manuelle Légaré, dans une mise en scène de François Bernier
Avec Sylvie De Morais-Nogueira, Manuelle Légaré, Alice Pascual et Martin-David Peters
À l’Usine C, jusqu’au 18 avril





