C’est le 11 avril que se clôturait l’unique festival consacré au 7e art du continent africain et créole à Montréal. Un documentaire présenté en primeur canadienne abordait de plein fouet la terreur et la déstabilisation de populations du Mali depuis 2012. Un cri du cœur d’une rare intensité par les témoignages d’hommes et de femmes confrontés à l’horreur et à l’exil, recueillis par la cinéaste malienne Soussaba Cissé.
En langue bambara, l’une des langues les plus parlées au Mali, I Jantô! se traduit par Prends garde!; une entrée en matière pour aborder le conflit qui persiste et dure sur cet immense territoire largement sahélien.
Le pays connaît des tumultes et violences interethniques difficile à cerner, vu de l’extérieur. Alors, pour délier la parole douloureuse et prendre le pouls de l’intérieur, la réalisatrice va à la rencontre de simples personnes d’origine Dogon, Peule et Bozo – toutes aux prises avec ce chaos – de membres de l’armée malienne et de représentants de la société civile.
Une enquête en profondeur, un mélange de voix qui se mêlent sans mettre le doigt sur la raison de tant de secousses et de morts.

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Communautés frères, les cultivateurs Peuls et les chasseurs Dogon ne s’expliquent pas comment ils en sont arrivés à s’attaquer et à se détruire.
Pillant le bétail de l’un, incendiant la case de l’autre et éliminant son prochain – souvent de façon barbare, à la machette. La peur au ventre, des milliers de personnes quittent vers la capitale Bamako et survivent dans des camps précaires, hantés par les visions barbares.
Quelle force diabolique a-t-elle pu faire basculer la paix et diviser à ce point? Misère et pauvreté, manque de nourriture et de ressources, présence djihadiste s’invitant dans ces groupes, échec de l’armée malienne à protéger dans les zones septentrionales, pillage des richesses par la France? L’équation est complexe. Le malheur, total, se répand.
Documentaire bouleversant, I Jantô! laisse entrevoir un peu d’espoir pour le retour de la paix souhaité par les peuples. Moment touchant du film, lorsqu’un homme affirme que les Peuls ont marié des femmes Dogons, et vice-versa, alors pourquoi s’entre-détruire?
La réconciliation adviendra de l’intérieur, du peuple, lorsque les ombres de déstabilisation seront contrôlables.
À travers ce film, je souhaite non seulement rendre hommage aux victimes de ces violences, mais aussi ouvrir un débat sur la nécessité d’un avenir commun. Ce n’est pas seulement un film, c’est un appel à l’action collective pour éviter que notre pays ne sombre dans l’oubli.
– Soussaba Cissé, réalisateur du documentaire





