Colère? Vous avez dit colère? Ou avez-vous plutôt appelé Kiki, votre oiseau et confident? Dans Kiki et la colère, Alexandre Dostie propose ce qui est autant une fable quelque peu psychotronique et une réflexion sur la violence qui s’étend bien souvent à notre société. Avec, pour résultat, une pièce de théâtre aussi frappante que transgressive.
Franky ne l’a jamais eue facile. Élevé dans la misère, dans un environnement violent, sans grande possibilité de s’extirper de cette gangue faite de saleté, de traumatismes et de désespoir, le voilà qui tente de s’en sortir en ouvrant sa propre animalerie. Mais son oiseau, son perroquet, Kiki, bref, celui qui devait lui servir de mascotte, refuse de jouer le jeu. Et c’est en tentant de récupérer le précieux volatile que Franky basculera, en compagnie de sa soeur, dans les tréfonds de la souffrance psychologique et sociale.
Il n’y a pas à dire, le texte de cette pièce détonne; l’histoire de Franky (Francis La Haye) et de sa soeur/pas sa soeur (Noémie O’Farrell) donne d’abord l’impression de sortir d’un conte urbain. Puis, à mesure que l’on avance à pas de loup dans cette saga, les choses demeurent quelque peu absurdes, certes, mais sous l’étrangeté, sous les gags sortant du champ gauche, on découvre de sinistres vérités qui finissent par glacer le sang.
Cette dualité entre l’absurde et l’horrible est d’ailleurs renforcée par un décor aussi minimaliste qu’éclaté, avec une verticalité généralement laissée de côté, dans l’univers théâtral.
Voilà pourtant nos comédiens qui grimpent, qui s’accrochent à une corde, qui montent et descendent au gré des répliques. Et bien vite, on comprendra que Franky grimpe, grimpe toujours plus haut pour échapper aux misères du plancher des vaches. Mais s’il grimpe, quel est son objectif? Où veut-il se rendre, en fait?
Réflexion sur la violence ordinaire, sur cette idée d’échapper au poids des traumatismes familiaux, sur cette incapacité à parler de cette douleur qui nous ronge, Kiki et la colère est une oeuvre coup-de-poing qui ne laissera personne indifférent. À découvrir.
Kiki et la colère, d’Alexandre Dostie, mise en scène de Sébastien David
Avec Francis La Haye, Noémie O’Farrell et Tommy Joubert
Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 14 février





