Puisqu’ils sont les premiers à jouer, les blancs, aux échecs, disposent d’un avantage indu. Et ce jeu de société, simple à apprendre, mais particulièrement difficile à maîtriser, s’appuie de plus en plus sur la mémoire des meilleurs coups et ouvertures, à mesure que l’on gagne en expérience et en talent. Pour « casser » ce moule, l’ancien champion Bobby Fischer a proposé une variante, en 1990. Variante qui… avantage encore les blancs, malgré tout.
Dans des travaux déposés sur le serveur de prépublication arXiv, le chercheur Marc Barthélémy, de l’Université Paris-Saclay, affirme ainsi que la variante en question, appelée Chess960, n’est pas suffisamment aléatoire pour avoir raison de cet avantage offert aux blancs.
Et qu’a-t-elle de spécial, cette proposition de Bobby Fischer? Elle tient en fait son nom des 960 positionnements possibles des pièces, blanches et noires, à l’ouverture d’une partie. Et il s’agit donc d’un même nombre de possibilités de dispositions des forces en présence, tout en conservant les mêmes règles qu’aux échecs traditionnels.
Pendant longtemps, rappelle-t-on par voie de communiqué, on estimait que cette façon de faire permettait d’offrir un environnement aussi juste que complexe pour les deux joueurs. Cela ne semblerait cependant pas être le cas.
Pour parvenir à sa conclusion, l’auteur de l’étude s’est tourné vers le programme d’échecs Stockfish, pour analyser chacune des 960 dispositions de début de partie. Le chercheur dit aussi avoir mis au point un modèle statistique permettant de mesurer la complexité des processus décsionnels en calculant la quantité d’«informations» dont un joueur a besoin pour identifier les meilleurs coups possibles.
Au dire du spécialiste, plutôt que d’offrir un environnement égal pour les deux joueurs, les blancs possèderaient un avantage dans 99,6% des 960 positions de départ possibles. Cela démontrerait, dit-il, que de permettre aux blancs de jouer en premier est un avantage permanent intégré dans les mécaniques de ce jeu, sans égard au fait de se rappeler ensuite des meilleurs coups possibles pour tenter de l’emporter plus facilement.
De façon plus surprenante encore, mentionne-t-on, toujours par voie de communiqué, la position de départ traditionnelle, qui porte le numéro 518 dans le système de Bobby Fischer et qui est employée depuis plus de 500 ans, n’est pas la position qui réclame le plus de réflexion, ou qui est le plus simple à mémoriser. Elle se situerait plutôt dans la moyenne.
« Les échecs traditionnels, malgré des siècles d’évolution culturelle, n’occupent pas une position exceptionnelle dans cette gamme de positionnements: ils démontrent un avantage initiale moyen et une complexité totale tout aussi moyenne », écrit ainsi M. Barthélémy.
Ce dernier suggère aussi que pour améliorer l’équité entre les joueurs, dans les tournois, les organisateurs devraient s’appuyer sur ses conclusions pour déterminer des positions de départ lors de matchs suivant les normes de Chess960.





