Célébrer la poésie immortelle et le théâtre inclassable de Claude Gauvreau (1925-1971), père du surréalisme au Québec. Le désir de Dominique B. Marier, directrice art et développement du Gesù, initiatrice du projet. Monolithe de cette fameuse Nuit de la poésie de 1970 – manifestation à jamais gravée dans la mémoire culturelle du Québec – l’artiste au faciès moustachu et regard de charbon semblait planer au-dessus de la scène.
L’Asile de la pureté (1952) était mise en marche par les agiles comédiens de la compagnie eXplo. Une performance saluée au Festival D’Avignon en 2024.
Avec comme quête de marier esthétique et éthique, pour envisager « un monde plus solidaire et plus juste », les cinq comédiens ont dès le départ donné un coup d’envoi subversif. Munis chacun d’une feuille, ils ont récité les mots nourris par une autre génération, celle du Refus global, en 1948. Une écriture toujours contemporaine cherchant à lier l’humanité au « sauvage besoin de libération ». À bas les dogmes et les impuretés menaçant l’accès au céleste.
L’Asile de la pureté distillait une solennité au legs de Gauvreau, tout en jeunesse et teintes d’humour dans l’inanition du personnage central, le poète déchiré par l’amour perdu et la déception du monde, Donatien Marcassilar.
Une interprétation de Matthias Lefèvre qui transcende la densité du texte sans s’essouffler. Exploit en soi, en plus de sa mise en bouche de la langue exploréenne de Gauvreau, toute en onomatopées et vie intérieure.
Le texte de L’Asile de la pureté, multistrates métaphoriques, invite à une lecture.
Un arrêt dans la course folle sociétale pour mieux comprendre la pièce et ses tensions. Fort assurément les mêmes qui habitèrent le poète Gauvreau, perché au-dessus d’un édifice rue Saint-Denis, aux pierres brutes, où s’affrontent beauté et vertiges…





