Lorsque la co-directrice générale du Festival du Nouveau Cinéma Zoé Protat a présenté Father Mother Sister Brother, le nouveau film de Jim Jarmusch, elle a cité le créateur, qui disait ne pas comprendre pourquoi ce petit film très subtil et discret était primé à Venise. Bien que l’oeuvre est soignée à ses heures et jouit d’une distribution envieuse, on doit se dire que nous non plus.
Bien que les trois parties du long-métrage soient liées à leur manière, le hic principal de ce projet est qu’il ressemble surtout à un collectif, à trois courts-métrages, plutôt qu’à un tout concis.
Certes, les liens familiaux sont déconstruits à chaque volet et on se plaît à ramener des gags et/ou des réflexions dans de nouveaux contextes à chaque nouvelle déclinaison, comme la montre et les vêtements rouges, mais il est difficile de voir le tout pour autre chose que ce qui serait presque de l’ordre de l’exercice de style.
C’est un peu comme un créateur qui se fait un peu la main en attendant son prochain vrai projet, tout en ne s’empêchant pas de continuer à tourner, et ce, en compagnie de plusieurs de ses collaborateurs préférés, mais aussi de nouveaux venus.
Il s’agit, après tout, de la troisième collaboration entre Jarmusch et l’acteur Adam Driver, toujours aussi confortable dans l’univers distinct de Jarmusch, qui navigue avec subtilité dans les zones de douces absurdités du quotidien aux limites du banal. Même chose pour Tom Waits, dont on ne compte plus le nombre de fois où il a travaillé avec le cinéaste.

On a aussi l’impression qu’on a eu envie de se permettre de jolis tournages à l’étranger sans s’handicaper des coûts et des contraintes qui viendraient avec une plus grosse production, chaque partie se déroulant respectivement au New Jersey, à Dublin et, finalement, à Paris.
Plus à l’aise dans les savoureux malaises et les inconforts plutôt que dans les moments plus tendres, la proposition n’est pas sans une amertume qui survole tout l’ensemble. Cela reflète sans mal les anicroches camouflées dans les non-dits qu’on retrouve dans toute famille qui y dissimule leurs inconforts sous les apparences.
À cela, on conviendra qu’on terminera avec le chapitre le plus doux, mais aussi le plus faible du lot. Cette partie a malgré tout permis aux moins connus Indya Moore et Luka Sabbat, en plus d’une petite apparition de Françoise Lebrun, de clore le tout, mais le résultat est moins intéressant quand ces acteurs apparaissent à l’écran après des actrices plus imposantes, comme Charlotte Rampling, Vicky Krieps et, bien sûr, l’immense Cate Blanchett.
Ces trois dernières forment d’ailleurs l’irrésistible trio du meilleur volet: Mother. Les silences, les gags visuels, la répartie des répliques, tout fuse à toute vitesse dans ce segment d’une grande justesse qui vaut à lui seul l’écoute.

Du reste, les thématiques sont faciles à imaginer, surtout quand on comprend que la famille demeure au centre de l’oeuvre. On y parle d’argent, de différences, du passé, etc.
Rien de bien nouveau sous le soleil, rien de tant mémorable non plus, mais Father Mother Sister Brother s’écoute somme toute assez bien, en vitesse de croisière, agréable et amusant à ses heures, et auréolé par le talent assemblé.
7/10
Father Mother Sister Brother a été vu dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma. Il ne semble pas y avoir de sortie en salles de prévue, mais il devrait atterrir sur la plateforme MUBI le 24 décembre prochain.





