Attention, il faut suivre: le type s’appelle Lewis Ofman. Et comme son nom l’indique, bien entendu, il est français. Ces considérations mises à part, cet artiste et producteur, qui avait déjà deux albums à son actif, a récemment lancé Seoul Mixtape, une proposition aussi bigarrée que fascinante.
Quelque part entre l’électronique suranné des années 1980, directement en provenance de l’Extrême-Orient, et la French Touch – les élucubrations synthétisées d’Air, de Daft Punk, de Justice (en mode éthéré, s’il vous plaît) –, cette collection de titres littéralement présentée comme étant une compilation – un mixtape, quoi! – propose donc un mariage qui ne devrait pas fonctionner.
Ou, plutôt, peut-être que c’était justement la combinaison dont nous avions besoin: un son presque surréel, une atmosphère vaporeuse, une bonne dose d’effets sonores de clochettes, même, comme si nous étions dans un conte.
Il y a vraiment quelque chose, dans ces percussions assourdies, cette utilisation de la flûte (!), ces notes au clavier qui évoquent un Casio de la belle époque… Il y a quelque chose dans cette volonté de nous transporter ves des mondes lointains, vers quelque chose de cotonneux, de doux, de beau. Tout en nous gardant sur place, les pieds solidement ancrés au sol.
Comme si Lewis Ofman n’osait pas plonger carrément dans la musique psychédélique, les sonorités quasiment expérimentales. Ici, oui, on se pose bien souvent des questions, on a parfois un léger recul devant des mesures étonnantes, surprenantes, mais l’artiste est en quelque sorte toujours là pour nous prendre la main, nous emporter avec lui. Aucune crainte, donc, que l’on nous laisse derrière, à piaffer de frustration.
Il y a quand même une dose d’inattendu, comme ce solo de ce qui ressemble à du pipeau numérique, sur la pièce Hanchika. Et un long solo, à part ça. Mais, bon sang, ça marche! On hoche la tête en cadence, on bat la mesure, on découvre régulièrement de nouvelles couches de signification musicale, et on en redemande.
Y a-t-il un fond d’ironie, dans ces neuf pièces? Probablement. Est-ce que sauter à pieds joints dans l’oeuvre de Lewis Ofman en commençant avec un mixtape était une preuve d’audace quelque peu délétère? Possible. Mais est-ce qu’il s’agit, aussi, d’un album complètement déjanté où toutes les parties fonctionnent entre elles, où ce déversement de notes prend des allures de chevauchée fantastique? Oui. Absolument. Et c’est tant mieux.
Voilà donc, sans l’ombre d’un doute, la preuve du grand talent de Lewis Ofman. Du talent pour créer, certainement, mais aussi pour unir, conjuguer, mélanger, histoire de créer quelque chose de complètement fou et fantastique.





