The Suicide of Rachel Foster, ou les fantômes du passé

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S’inscrivant dans la lignée de titres largement supérieurs comme Gone Home ou Firewatch, The Suicide of Rachel Foster propose une expérience narrative comptant si peu de mécaniques qu’il est difficile de la qualifier de « jeu ».

Le père de Nicole, Leonard McGrath, a trompé son épouse avec une adolescente de seize ans nommée Rachel Foster. Enceinte de neuf semaines et rongée par la honte, cette dernière s’est suicidée lorsque la relation a été découverte. Nicole s’était juré de ne jamais remettre les pieds au Timberline, l’hôtel familial situé dans la forêt nationale d’Helena au Montana, mais neuf ans plus tard, suite au décès de son père, elle décide de vendre l’établissement dans l’espoir de se libérer une fois pour toutes du passé. La jeune femme se rend donc sur place afin de constater l’état des lieux avant la transaction, et bien qu’elle n’ait l’intention d’y rester que vingt minutes afin de procéder à une inspection rapide, une tempête de neige sans précédent la cloue sur place pendant une dizaine de jours, au cours desquels elle découvrira la vérité sur les tragiques événements ayant déchiré sa famille.

The Suicide of Rachel Foster est un thriller psychologique axé avant tout sur la narration, mais force est d’avouer que son récit est justement son plus gros handicap. Les développeurs de ce titre indépendant ont choisi d’y aborder des thèmes très adultes, ce qu’encore peu de studios de jeux vidéo osent faire, et même si je ne pense pas que c’était leur intention, les scénaristes en viennent à banaliser en quelque sorte la pédophilie, en présentant les abus de Leonard envers cette adolescente de seize ans dont il était le tuteur et qu’il a mise enceinte comme une simple « histoire d’amour », un incroyable manque de sensibilité en cette ère post Jeffrey Epstein. Pire, sans trop dévoiler de l’intrigue, c’est même son épouse Claire et sa fille Nicole qui finiront par porter l’odieux de la mort de Rachel.

Image tirée du jeu

Même en mettant de côté son scénario problématique (ce qui n’est pas évident), il y a si peu de mécaniques dans The Suicide of Rachel Foster qu’il est difficile de considérer le tout comme un jeu. Présenté dans une vue subjective à la première personne, on passe la majorité de l’expérience à errer dans les couloirs du Timberline avec pour seul et unique compagnon un employé de FEMA nommé Irving, avec qui on échange par le biais d’un téléphone satellitaire, ce qui a d’ailleurs valu au titre d’être qualifié par plusieurs de « simulateur de marche ». Les déplacements de notre avatar sont lents, même quand on court, ce qui est peut-être davantage réaliste, mais constitue un irritant lorsqu’on doit sans cesse faire des aller-retour à l’intérieur de l’hôtel.

Désaffecté depuis plusieurs années, le Timberline est jonché d’un véritable bric-à-brac, dont des livres sur l’astrophysique, la théorie des cordes, l’ésotérisme égyptien ou la quatrième dimension. Lorsqu’on saisit un objet, son modèle 3D apparaît en avant-plan et on peut le pivoter dans toutes les directions, mais il s’agit pour la plupart d’objets sans intérêt (pots de peinture, bouteille de nettoyant, cube Rubik, paquet de cigarettes, boîte de céréales, etc.) qui ne servent absolument à rien. Il faut en plus en manipuler un grand nombre avant de trouver les rares items avec lesquels on peut interagir, et qui permettent de faire progresser l’histoire.

Image tirée du jeu

Le point fort de The Suicide of Rachel Foster se trouve définitivement du côté de son ambiance. Avec ses murs sales couverts de moisissures, sa peinture au plafond qui s’écaille, ses infiltrations d’eau dans certaines pièces ou le givre recouvrant les fenêtres, il s’agit d’un lieu où l’on ne voudrait pas se retrouver seul. L’aspect lugubre du jeu est davantage porté par le son que les visuels : bruit du bois qui travaille, souffle du vent à l’extérieur, portes claquant au loin, le travail audio est impeccable, et très atmosphérique. Quelques bogues techniques criblent l’expérience. Le bouton Y, censé faire apparaître la carte, ne fonctionne pas toujours, et les succès ne sont pas octroyés sur la Xbox One. Ça ne nuit pas à l’expérience en tant que telle, mais c’est quand même frustrant.

Même en faisant abstraction de sa banalisation de la pédophilie, The Suicide of Rachel Foster est une expérience tellement axée sur la dimension narrative qu’elle semble avoir oublié qu’il faut davantage qu’une histoire pour faire un jeu. Malgré son coût de moins de 20 dollars, il est difficile de recommander ce titre.

5.5/10

Développeur : One O One Games, Reddoll Games

Éditeur : Daedalic Entertainment

Plateformes : PS4, Windows, Xbox One (testé sur Xbox One)

Jeu disponible en français (textes à l’écran seulement)


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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