Just Mercy: la couleur de l’injustice

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Relatant l’histoire vraie de Walter McMillian, un homme condamné à mort pour un crime qu’il n’a pas commis, et celle de Bryan Stevenson, un avocat et activiste défendant les laissés pour compte du système de justice, le film Just Mercy compte parmi les rares sorties physiques de la semaine.

À peine son barreau décroché, Bryan Stevenson, un jeune afro-américain un peu naïf et idéaliste, décide de se consacrer aux condamnés à mort, et d’offrir gratuitement de l’aide légale à des gens qui se retrouvent souvent là parce qu’ils ont été mal représentés par leurs avocats. Parmi ses premiers « clients » se trouve Walter McMillian, un homme sans antécédents qui, suite à une enquête bâclée et sur la base de témoignages douteux, s’est vu imposer la peine capitale pour le meurtre d’une adolescente de 18 ans, Ronda Morrison, survenu en 1987 dans une petite ville de l’Alabama. Stevenson multipliera les démarches afin d’obtenir un nouveau procès pour McMillian, mais il devra se buter à l’hostilité des autorités et au racisme érigé en système, dans un État où jamais aucun condamné à mort n’a été gracié.

La pochette du boîtier

Just Mercy raconte deux histoires véridiques. La première est celle de la terrible injustice commise envers Walter McMillian, un innocent qui croupira dans le couloir de la mort pendant six ans pour un meurtre qu’il n’a pas commis, et dont le principal crime était la couleur de sa peau. La deuxième, celle de Bryan Stevenson, apporte une lueur d’espoir au récit, en montrant le dévouement d’un avocat qui passera sa vie à lutter pour les droits des laissés pour compte et qui, au cours de sa carrière, fera innocenter plus d’une centaine de détenus en attente de leur exécution. Ce n’est pas pour rien que le scénario souligne que les tristes événements dépeints dans le film se sont produits à Monroeville, là où prend place l’intrigue de To Kill a Mockingbird, puisque le long-métrage évoque une version moderne du célèbre roman de Harper Lee.

La réalisation de Just Mercy est sobre, et met en valeur les performances des acteurs, sans trop s’égarer dans les exercices de style. Il s’agit d’un drame légal de facture assez classique, comprenant non pas une, mais deux scènes de plaidoiries en Cour, mais le réalisateur glisse tout de même quelques touches visuelles un peu plus artistiques (et éditoriales) à travers le montage, montrant, dans une allégorie sur l’esclavagisme, des détenus afro-américains en train d’effectuer des travaux forcés à proximité d’un pénitencier, ou encore des prisonniers à la peau noire vêtus de combinaisons blanches dans des cellules aux murs immaculés, comme si on tentait d’estomper, voire d’effacer, leur négritude sous un filtre laiteux.

Image tirée du film

De Creed en passant par Chronicle ou Black Panther, le registre de l’acteur Michael B. Jordan est très varié, et il ajoute une corde de plus à son arc en interprétant Bryan Stevenson comme une version contemporaine (et noire) d’Atticus Finch, empreinte de noblesse et de grandeur d’âme. Affichant le calme troublant d’un homme ayant accepté son sort, aussi injuste soit-il, Jamie Foxx livre l’une des performances les plus puissantes de sa carrière, en plus de posséder une ressemblance physique frappante avec Walter McMillian lui-même. La distribution de Just Mercy est éminemment multiculturelle, et on dirait que le personnage d’Eva Ansley, la partenaire de Stevenson incarnée par Brie Larson, a été incorporé au scénario principalement dans le but de montrer que ce ne sont pas tous les blancs en Alabama qui sont de sales racistes.

L’édition haute définition de Just Mercy inclut le long-métrage sur disque Blu-ray et en format numérique. Le matériel supplémentaire comprend pas moins de neuf scènes retirées du montage final, ainsi que trois courtes revuettes, dont un Making Of où les membres de l’équipe de tournage partagent le plaisir manifeste qu’ils ont eu de participer à une œuvre aussi significative, un documentaire de huit minutes sur la Equal Justice Initiative, un organisme américain voué à la défense des condamnés à mort, ainsi qu’une série d’entrevues avec le réalisateur Destin Daniel Cretton, les acteurs principaux, et le vrai Bryan Stevenson.

Charge à fond de train contre le racisme et la peine de mort, qui exécute parfois des innocents tout en laissant courir les vrais coupables, Just Mercy est une œuvre à la fois révoltante et inspirante, et ce film permet de découvrir Bryan Stevenson, un héros des temps modernes dont l’engagement mérite d’être davantage connu.

7.5/10

Just Mercy

Réalisation : Destin Daniel Cretton

Scénario : Destin Daniel Cretton et Andrew Lanham (d’après le livre de Bryan Stevenson)

Avec : Jamie Foxx, Michael B. Jordan, Michael Harding, Christopher Wolfe, J. Alphonse Nicholson, Adam Boyer et Brie Larson

Durée : 137 minutes

Format : Blu-ray (+ copie numérique)

Langue : Anglais, français, espagnol et portugais


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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