Où : l’abstraction du futur

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Sébastien Lumineau fait fi des conventions narratives et nous transporte en l’an 537 218 avec , une bande dessinée singulière qui, bien qu’elle ne soit pas facile d’approche, provoquera la réflexion chez les lecteurs qui oseront s’aventurer dans son univers décalé.

est le genre de roman graphique dont le récit n’est vraiment pas évident à résumer. Le communiqué de presse accompagnant le livre évoque l’histoire d’un « homme seul et entravé à qui l’on rend la liberté, mais qui ne sait quoi en faire », ou encore celle « d’un type qui a perdu ses lunettes et qui se retrouve enfermé en lui-même », mais clairement, l’auteur et dessinateur Sébastien Lumineau signe ici une bande dessinée hors-norme, qui refuse de se cantonner à la narration traditionnelle et qui flirte même avec l’expérimental, ce qui laissera certains lecteurs perplexes, mais en ravira d’autres.

La couverture de l’album

En dépit de ce que son titre laisse présager, le seul élément tangible de cette œuvre très éclatée n’est pas le « où », mais bien le « quand », puisqu’il est établi dès la première page que l’intrigue se déroule dans le très lointain futur de l’an 537218. Pour le reste, l’album présente une série de vignettes (un homme se faisant lancer des tomates par une foule invisible, les invités d’une soirée se perdant mystérieusement en forêt les uns après les autres, etc.) qui semblent sans lien de prime abord, mais qui, à la façon d’une pierre ricochant à la surface de l’eau, finissent par brosser les différentes répercussions autour d’un même événement.

Une page de l’album

Pour renforcer encore plus l’aspect atmosphérique du récit, la majeure partie de est muette, et il arrive qu’on parcoure des dizaines de pages sans apercevoir un seul phylactère. Lumineau s’attarde souvent à la texture ou aux détails d’un objet, et s’éloigne parfois du figuratif, avec ses cases dénuées de personnages ou de formes humaines. Alors que certains panneaux sont à peine plus élaborés que des croquis, d’autres sont constitués de larges zones noires où l’image apparaît par soustraction dans les rares espaces laissés blancs. Dans l’ensemble, l’urgence et la férocité des griffonnages de l’artiste contribuent à l’étrangeté et l’intemporalité de son univers.

Si vous êtes à la recherche d’une bande dessinée racontant une histoire conventionnelle, n’est peut-être pas pour vous, mais si vous appréciez les romans graphiques qui sortent des sentiers battus, cette fable existentialiste et éclatée signée Sébastien Lumineau ne vous décevra pas.

, de Sébastien Lumineau. Publié aux Éditions L’Association, 232 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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