Coney Island Baby, ou les mémoires érotiques d’une Amérique pudibonde

5

En racontant en parallèle la vie de deux icônes sulfureuses de la culture américaine, la bande dessinée biographique Coney Island Baby nous invite à replonger au cœur de la révolution sexuelle ayant ébranlé l’Amérique.

Qu’ont en commun la pin-up Bettie Page et Linda Lovelace, l’actrice du film Deep Throat? En plus d’avoir été de véritables révolutions sexuelles à elles seules, ces deux Américaines issues de milieux modestes ont abordé leur carrières de manière certes bien différente, l’une posant pour des photos osées dans les années 1950 et l’autre inaugurant la vague du porno chic dans les années 1970, mais après avoir brisé les barrières et nourri les fantasmes de millions d’hommes, elles ont toutes deux fini leur vie dans la misère et l’opprobre, sans vraiment profiter des retombées de leur travail. Elles partagent un autre point commun avec la bande dessinée Coney Island Baby, qui retrace le parcours de ces deux femmes mythiques.

La couverture de l’album

L’auteure et scénariste Nine Antico utilise Hugh Hefner comme guide, alors que le patron de Playboy donne Page et Lovelace en exemple afin de dissuader deux jeunes « Bunnies » qui souhaitent travailler à son manoir, mais c’est l’unique liberté que prend ce récit biographique bien documenté. Sans jamais poser de jugement moral, la bande dessinée revient en détail sur la genèse de ces deux légendes et relate leur ascension fulgurante dans ce qui ne s’appelait pas encore l’industrie du sexe, mais Coney Island Baby évoque surtout un chapitre moins reluisant de l’histoire, soit leur fin. Tandis que Bettie Page a sombré dans la schizophrénie et la religion, Linda Lovelace a quant à elle renié l’ensemble de sa carrière, et accusé publiquement son mari de l’avoir forcé à tourner des films pornographiques.

Une page de l’album

Il est impossible d’aborder la vie de ces deux femmes sans parler de sexe, et l’album s’adresse évidemment à un public averti avec ses images de fellations, de baise et d’orgies, mais Coney Island Baby est une mise en garde contre l’exploitation sexuelle bien plus qu’une œuvre érotique en tant que telle, ce qui n’empêche pas certains dessins d’être affriolants. Les illustrations en noir et blanc de Nine Antico revêtent une certaine nostalgie, et d’un trait épuré, presque timide, elle imagine les coulisses de clichés célèbres de Bettie Page ou le tournage de Deep Throat. Même ses cases sont arrondies pour augmenter la sensualité de l’ensemble, et dans une belle composition graphique, elle découpe souvent ses scènes sur plusieurs panneaux.

Coney Island Baby est une bande dessinée essentielle pour constater tout le chemin parcouru par l’Amérique, ainsi que le prix qu’ont dû payer des « pionnières » comme Bettie Page ou Linda Lovelace afin que la sexualité, et celle des femmes en particulier, soit davantage acceptée socialement.

Coney Island Baby de Nine Antico. Publié aux éditions L’Association, 232 pages.


Autres contenus:

Klaw Tome 9 – Panique à Detroit : une bd digne d’un blockbuster

Partagez

À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

5 commentaires

  1. Pingback: Critique Coney Island Baby - Patrick Robert

  2. Pingback: La grande horreur de Little Heaven

  3. Pingback: Autel California: un jukebox d’images

  4. Pingback: Critique Autel California - Patrick Robert

  5. Pingback: L'homme à la fourrure, ou la perversion d'une oeuvre - pieuvre.ca

Répondre