La grande horreur de Little Heaven

2

Non loin d’une communauté religieuse isolée, dans une forêt du Nouveau-Mexique, rôde le Mal. Le diable, Satan, Lucifer… Bref, la colonie catholique de Little Heaven, un roman d’horreur de Nick Cutter, publié aux Éditions Alto, porte mal son nom. Le livre, lui, réussit à créer une ambiance glauque à souhait.

Minerva, Micah et Ebenezer sont maudits. Dépêchés à Little Heaven, 15 ans plus tôt, pour secourir un enfant prisonnier des griffes du révérend Amos, véritable fou de Dieu. Mais si cette obsession religieuse n’était pas déjà suffisante, des créatures maléfiques défiant l’entendement attendent non loin de là, tapies, à l’affût de nouveaux visiteurs. Et plus loin, surplombant le camp, un massif rocheux noir de jais jette une ombre malsaine sur les hommes et les femmes qui vivent en contrebas.

La grande force du roman de Nick Cutter – et de la traduction française, ne l’oublions pas -, c’est la puissance de ces descriptions. Car sans musique d’accompagnement ou plans d’atmosphère, dans le cadre d’une série télé ou d’un film, il est nécessaire de s’appuyer sur la puissance des mots pour donner vie à cet environnement lugubre et malsain. Ce que l’auteur accomplit avec brio, d’ailleurs. À un point tel, en fait, que la lente montée en tension parviendra à son paroxysme, quelque part vers le milieu du roman, et que ce journaliste en perdra le sommeil pendant une trop courte nuit.

L’ajout d’illustrations tout au long du livre, donc certaines sont particulièrement effrayantes, n’aide pas non plus. Enfin, les dessins n’aident pas à bien dormir. Cependant, ils sont particulièrement efficaces pour créer un environnement littéraire fantastiquement horrible.

Et donc, ce Little Heaven vaut-il la peine? Sans vouloir tomber dans les divulgâcheurs, le roman vient ironiquement gâcher sa propre sauce en offrant trop de détails, trop d’informations. Le stress et l’angoisse étaient au maximum lorsque l’ennemi était caché, dissimulé, prêt à bondir. Lorsque le rythme s’est accéléré, en fin de parcours, l’orgie de sang et d’entrailles, la surabondance de descriptions macabres en sont venues à donner l’impression d’un trop-plein qui déborde.

Cela ne veut en aucun cas dire que le roman de Nick Cutter n’est pas intéressant, ou qu’il ne vaut pas la peine d’être lu, bien au contraire. Cependant, on aurait peut-être préféré une part de retenue, un peu plus de mystère…

Little Heaven, de Nick Cutter. Publié aux Éditions Alto, 608 pages.


Autres contenus:

Coney Island Baby, ou les mémoires érotiques d’une Amérique pudibonde

Partagez

À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

2 commentaires

  1. Pingback: Hypothèse 1492: l’Amérique sans Colomb

  2. Pingback: Tout le monde aime Bruce Willis, et c’est tant mieux

Répondre