Tom Strong: quand Alan Moore revisite le mythe du surhomme

2

Véritable légende de la bande dessinée, Alan Moore n’a pas dit son dernier mot, et il suffit de lire Tom Strong, Intégrale Tome 1, un album exceptionnel créé en collaboration avec le dessinateur Chris Sprouse, pour s’en convaincre.

En plus de son Watchmen, qui a changé à jamais le monde des superhéros, Alan Moore est derrière quelques-uns des plus grands classiques de la bande dessinée pour adultes, dont V for Vendetta, The League of Extraordinary Gentlemen ou From Hell, et si vous appréciez moindrement le travail de cet auteur excentrique, cultivé, génial et un peu reclus sur les bords, vous vous régalerez avec Tom Strong, une série créée en collaboration avec le dessinateur Chris Sprouse où Moore reprend à son compte le concept du « Übermensch », le fameux surhomme popularisé par Friedrich Nietschze, afin de créer une sorte de Superman dont la force, l’intelligence et la longévité exceptionnelle auraient une origine rationnelle et scientifique.

La couverture de l’album

Né en 1900 sur l’île d’Attabar Teru de deux parents qui souhaitaient l’élever loin de l’influence de la société moderne, Tom Strong a passé les premières années de sa vie dans une chambre possédant cinq fois la gravité terrestre, ce qui explique sa force surhumaine. Grâce à un régime alimentaire composé de racine de Goloka, ses facultés cognitives, tout comme sa longévité, ont atteint des sommets inégalés, et ses aventures traversent l’ensemble du 20e siècle (quand elles ne se déplacent pas 200 millions d’années dans le passé, ou 400 milliards d’années dans le futur). Depuis sa forteresse de Millenium City, Strong incarne l’idéal d’un esprit sain dans un corps sain, et il brandit le flambeau de la science pour balayer l’obscurantisme, sans jamais dédaigner l’action et la bataille quand une menace surgit.

Tout en se moquant de la pureté raciale souvent associée au concept du surhomme et en flanquant le héros d’un gorille doué de parole et d’un androïde afin de mettre en scène le spectre complet de l’évolution, Tom Strong est une série amusante et colorée, loin du cynisme de certaines œuvres de Moore. Célébrant les magazines pulp des années 1930 et l’âge d’or des comics, la bande dessinée regroupe un foisonnement d’influences, avec une touche de Flash Gordon, d’Edgar Rice Burroughs, de Fantômas, ou du Justice Society of America, et les récits complètement délirants envoient ce Samson de la science sur Vénus, sur le continent unique de la Pangée, sur une Terre parallèle envahie par des fourmis extraterrestres géantes, dans une tour de garde surplombant la fin des temps, ou même dans un monde de dessins animés, où « les lois de la comédie prévalent sur celles de la physique ».

Une page de l’album

Chris Sprouse était le choix parfait pour mettre en images cet univers complètement éclaté, et tout en puisant dans l’esthétique rétrofuturiste pour présenter une version de l’an 2000 telle qu’imaginée dans les années 1930 (dont une Millénium City aux influences Art déco avec ses tramways aériens), l’artiste possède surtout la polyvalence nécessaire pour dessiner aussi habilement les paysages cosmiques, les forêts préhistoriques ou le monde des morts, que les batailles épiques. Plusieurs styles visuels différents cohabitent au sein de la série, et les créateurs font parfois appel à d’autres dessinateurs pour des aventures et des dossiers secrets se déroulant à l’extérieur de la chronologie habituelle du récit, dont Alan Weiss, Gary Gianni, Howard Chaykin ou Dave Gibbons, avec qui Moore a travaillé sur Watchmen. L’album Tom Strong, Intégrale Tome 1 contient les dix-neuf premiers numéros de la série, et se termine sur une galerie de couvertures et de croquis.

Alan Moore livre un autre ouvrage incontournable avec Tom Strong, Intégrale Tome 1, un album qui, en célébrant intelligemment l’âge d’or des comics américains, fournit 500 pages de pur plaisir.

Tom Strong, Intégrale Tome 1, de Alan Moore et Chris Sprouse. Publié aux Éditions Urban Comics, 536 pages.


Autres contenus:

L’homme à la fourrure, ou la perversion d’une oeuvre

Partagez

À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

2 commentaires

  1. Pingback: Critique Tom Strong, Intégrale Tome 1 - Patrick Robert

  2. Pingback: Kid Noize: remixer sa vie - Pieuvre.ca

Répondre