John Wick, Chapter 3 – Parabellum: perdre la tête

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Bien qu’attendu avec hâte comme s’il allait réinventer les balises des films d’action de notre époque, ce troisième opus de la série John Wick, devenue franchise malgré elle, n’est rien d’autre qu’un film de cascadeurs, bien qu’il prétende à plus.

S’il s’appuyait sur une prémisse amusante, soit celle d’un tueur à gages voulant venger le meurtre de son chien, le premier opus gaspillait son potentiel en se prenant trop au sérieux, une démarche à laquelle on n’a jamais totalement cru.

L’engouement a toutefois pris tout le monde par surprise, puisque ce scénario inusité s’est retrouvé entre les mains de Chad Stahelski, un cascadeur à la retraite s’essayant à la réalisation. Surprise, dans une mer de films d’action ironiquement peu impressionnants côté scènes d’action, se trouvait un long-métrage avec des chorégraphies et des cascades souvent bien satisfaisantes.

Visiblement inspiré par le splendide The Raid 2 de Gareth Evans, d’où a été recruté l’acteur indonésien Yayan Ruhian, John Wick 3 assume ses meilleurs éléments, étend son univers, tout misé sur une mythologie fascinante (une rareté dans un monde de remakes, d’adaptations et on en passe) et, surtout, ajouté une dose d’humour non-négligeable à l’ensemble.

Bien que plus assuré techniquement, le deuxième chapitre demeurait coincé dans le même carcan que son prédécesseur, ce qui ne l’empêchait pas de promettre de belles choses pour sa suite. D’autant plus que la tête du protagoniste avait été mise à prix à la suite d’un assassinat en un lieu interdit.

C’est sans surprise qu’on a voulu reprendre en quasi-totalité l’équipe technique du deuxième chapitre. Pourquoi la trame sonore doit-elle être aussi ordinaire? Peu importe, puisque le montage n’est pas trop chaotique et le directeur photo Dan Laustsen continue de s’amuser allègrement avec la lumière et les réflexions à l’occasion. Pourquoi alors ne pas avoir laissé l’entièreté du scénario à Derek Kolstad, qui était aux commandes du script des deux autres films? Pourquoi a-t-on choisi de faire appel à trois autres personnes, des gens principalement originaires de la télévision, et qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le cinéma?

On sait bien qu’une télésérie dérivée doit voir le jour, mais on ignore l’explication derrière ces renforts inutiles, et cela dessert le film. D’autant plus que l’histoire n’a jamais été la force de ce genre de films (ni représenté l’intérêt principal du public), on s’éloigne plus que jamais de toute notion de sens, de réalisme ou de crédibilité. On va dans tous les sens et on plaque des éléments qu’on s’est obligé à incorporer. L’ensemble ne sert plus l’histoire, mais bien les cascades. C’est un film de cascadeurs, après tout, et cela déteint sur tout le reste.

C’est joli un temps, comme ce petit clin d’œil au début à la saga Bourne, ou encore cette ingénieuse scène d’écurie, mais sans scénario digne de ce nom, disons que cela tourne vite en rond. Enchaînant les répétitions ad nauseam, que ce soit dans la structure des scènes ou dans l’esprit même d’un seul combat (toutes les chorégraphies se ressemblent, au final), on ne comprend pas pourquoi le film a besoin d’être aussi long. On dépasse les deux heures, ici, mais on se rapproche davantage du jeu vidéo que du septième art, délaissant l’instinctif ou l’émotionnel pour tout faire passer par le son plutôt que le visuel (les coups, les bruits de fusils, etc.).

De fait, le virage à Casablanca est d’une inutilité aberrante et Halle Berry ne sert strictement à rien, autre que d’avoir voulu égaliser un peu les choses pour y inclure une soit-disant « femme forte ». Avec une interminable séquence digne de l’ennui de Hardcore Henry, on y ressasse le même désir de combats robotiques dénués d’âme où les tirs en pleine tête sont préprogrammés sans excitation ou motivation.

Possibilités et déceptions

On a beau nous faire miroiter une distribution combinant nouvelles têtes et vieux habitués, avec Ian McShane, Lance Reddick et Laurence Fishburne, ou encore Anjelica Huston et Jason Mantzoukas, voire Asia Kate Dillon, tous sont à tel point sous-utilisés qu’il est difficile de rendre l’exercice plus frustrant.

C’est pire quand on réalise que la mise en scène traîne elle aussi de la patte. On ne tire pratiquement jamais entièrement profit des lieux choisis, que ce soit un pont fermé, une salle où de somptueuses projections éclairent de grands panneaux de verre, et bien d’autres endroits du genre.

Et on utilise par ailleurs l’univers secret des assassins de manière incroyablement superficielle, sans véritablement expliquer les règles en vigueur dans ce monde interlope.

Mentionnons aussi ce procédé extrêmement simpliste consistant à combiner violence et art, y compris en intégrant de façon maladroite le ballet à cette orgie de combats et autres meurtres. On se trouve ici à des années-lumière de la brillante scène offerte par Jordan Peele dans Us, plus tôt cette année.

Ces nombreux choix sont accompagnés d’un manque de finition, non seulement pour l’ensemble de l’oeuvre, mais également du côté de la conclusion promise, qui est plus ou moins au rendez-vous.

Un peu à la manière du 1991 de Ricardo Trogi, ce qui débute ici comme une volonté de boucler la boucle se transforme en quelque chose d’autre, avec à la clé une série d’arcs narratifs incomplets.

Il ne faut pas se méprendre toutefois. Ce Parabellum trouvera certainement ses admirateurs. Il est fait de la même étoffe que ses prédécesseurs, qui ont rassasié les amateurs, et regorge d’autant de violence et d’action que ceux-ci peuvent demander, y compris un peu de gore bien propre pour éviter de scandaliser. Bref, il s’agit du summum de la paresse mis à grande contribution pour satisfaire au lieu de surprendre, ou même d’impressionner.

Pour ceux qui se sentent visés donc, voici votre film. Pour les autres, passez votre tour. Au moins les Mission: Impossible nous en donnent vraiment pour notre argent et n’oublient jamais qu’ils ont dû mériter leur passage de la télé au grand écran, tout en s’assurant de ne jamais nous faire regretter de s’être déplacé pour l’apprécier. John Wick: Chapter 3 – Parabellum n’est au final que l’ombre d’une idée et c’est dommage.

5/10

John Wick: Chapter 3 – Parabellum prend l’affiche en salles ce vendredi 17 mai.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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