RIDM 2018 – L’Apollon de Gaza, le mystère des territoires occupés

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En 2013, des résidents de la Bande de Gaza annoncent une découverte archéologique majeure: une statue plus que millénaire du dieu Apollon, littéralement repêchée dans les eaux océaniques bordant le territoire enclavé. Pourtant, quelques semaines plus tard, l’oeuvre disparaît. Dans son documentaire L’Apollon de Gaza présenté dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), le cinéaste Nicolas Wadimoff tente de résoudre ce mystère.

De cette statue, donc, il ne reste aujourd’hui que quelques photos et des témoignages. En raison de la situation géopolitique particulière du lieu – certainement un magnifique euphémisme –, les experts de l’Antiquité ne peuvent se rendre sur place pour espérer authentifier l’objet et en retracer l’origine. À distance, toutefois, certains émettent des doutes: la statue est trop bien préservée, c’est un faux, des gens l’auraient abandonnée à Gaza en la passant en contrebande dans les tunnels courant de l’Égypte au territoire sous blocus israélien, etc.

D’une quête archéologique, on passe peu à peu à un portrait inédit de la Bande de Gaza. Pas une vision des militants du Hamas, ou encore un aperçu misérabiliste de la pauvreté et de la violence dans cette prison à ciel ouvert. On y évoque bien sûr « l’ennemi » israélien installé tout juste à côté, mais on parle surtout de cette volonté, de la part de certains passionnés d’histoire, d’un avenir meilleur pour Gaza.

Dans cette minuscule région qui n’a presque plus rien pour elle, qu’importe, en fait, si cette statue est authentique ou non. On assiste ici au désir inébranlable de création d’un patrimoine commun, d’une identité nationale. D’une preuve, sans doute aussi, qu’à l’image des Israéliens, qui revendiquent une présence dans la région depuis des temps immémoriaux, il y avait aussi les ancêtres des Palestiniens. Bref, une gloire passée à laquelle il est encore possible d’aspirer.

Certes, les amateurs d’archéologie et d’histoire pourront sans doute être déçus par cet Apollon de Gaza. Mais les sociologues, les passionnés de luttes identitaires et les simples curieux seront heureux d’en apprendre davantage sur une Bande de Gaza qui est très loin d’être unidimensionnelle.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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