Véritable claque que ce 17, premier long-métrage percutant de la jeune cinéaste macédonienne Kosara Mitić, oeuvre qui représentera le pays aux Oscars, et film dont personne ne sortira indemne, spectateurs inclus.
Dans la lignée de L’événement de Audrey Diwan, 17 fait vivre son récit selon la perspective de sa protagoniste. Situé à notre époque, il sera question de grossesse (non désirée) et du calvaire de la mère en devenir.
C’est que la jeune Sara, formidable Eva Kostic toujours au bord de l’implosion, cache sa grossesse lors d’un voyage scolaire, résultat d’un trip à trois qui a mal viré, si on peut le dire ainsi.
Si plusieurs questions demeureront en suspens, notamment quant au secret qui perdure du début à la fin du récit, et jusqu’à la question inévitable de l’avortement, ce qui comptera, ici, ce sera l’expérience, purement cinématographique, filmée dans un étouffant ratio 4:3.

Le film est bluffant et rempli de jeunes acteurs non professionnels d’un naturel désarmant, mais aussi d’impressionnants segments où le réalisme a de quoi nous jeter au bas de notre siège.
De quoi laisser une oeuvre comme I’ll Be Gone In June, aussi présentée cette année au festival, aller se rhabiller, tellement le film qui nous intéresse ne donne jamais l’impression de comporter dialogues trop écrits ou de performances trop mises en scène.
Au contraire, avec une réalisation magistrale, qui évoque le travail avec des jeunes des films de Laurent Cantet, par exemple, ou même le sublime et méconnu Ma frère, il y a ici une véritable leçon de cinéma dans la fluidité des scènes, souvent tournées en plan-séquence.

Certes, on ressent le calvaire des adultes qui subissent le passage de ces ados mouvementés (et tourmentés), mais cette énergie, vitale au possible, souffle tout sur son passage et nous fait ressentir l’urgence de vivre et d’exister d’une génération en pleine déroute, et des adultes incapables de les suivre, ou même de les comprendre.
Ce chaos ambiant se subit, mais divertit aussi à ses heures. Difficile de ne pas revivre notre propre adolescence le temps d’un instant, dans cette fougue et cette innocence où chaque faux pas est toujours à un doigt de basculer vers l’inacceptable, le monde adulte se trouvant tout près et les répercussions subséquentes étant toujours plus graves que lorsqu’on était plus jeune.

Dans les dilemmes que vivra notre personnage principal, il se tissera une amitié en apparences improbable avec une camarade et sa mission d’invisibilité prendra soudain des allures de protection. Reflet d’une mise en garde dans un monde qui risque de bousculer, si l’on ne fait pas plus attention.
Les moments chocs se multiplient alors, entre longs moments passés dans le bus et les débandades à l’auberge, où la soirée prendra un virage toujours plus alarmant. Chaque minute est plus captivante que la précédente, résultat d’un montage serré de Vladimir Pavlovski, même quand on croit, naïvement, qu’on peut finalement prendre le temps de souffler un peu.

Le mieux est donc de foncer tête première, de se laisser happer par l’expérience alors que nos yeux seront rivés sur l’écran, incapable de détacher le regard, toujours le souffle coupé à ne pas savoir vers quoi on nous mènera ensuite. Abordant en filigrane les notions de viol, de consentement et, par la bande, du plaisir et du désir, tout comme l’acceptation et la reconnaissance, voilà un film qui parle d’une jeunesse qui n’aura jamais été aussi perdue.
Lorsque 17 se terminera, impossible de dire ce qui adviendra des personnages, mais comme nous, ils sortiront indéniablement transformés par ce périple.
8/10
17 a été vu dans le cadre de la 55e édition du Festival du nouveau cinéma. En absence de distributeur en Amérique du Nord, il n’y a pas de sortie en salle de prévue pour le moment.





