Un trio de gamins, avec à sa tête le craneur Géo, passe son été dans l’Esterel à sauter des falaises de roches rouges qui surplombent la Méditerranée. Il rencontre un autre trio, un peu rival, surtout qu’il y a dans ce groupe Ève et ses fossettes. Roméo et Juliette à 6 ans. Voilà toute la prémisse des Roches rouges, projeté dans le cadre du FNC.
Bruno Dumont est un cinéaste qui déroute. Après quelques films très cinéma vérité (La vie de Jésus, L’humanité), il s’est laissé allé aux idées les plus délirantes: adapter un poème épique de Péguy sur Jeanne d’Arc, avec une comédienne adolescente, en version comédie musicale, mis en musique par Christophe, camper des grands bourgeois dans un village de pêcheurs cannibales, mélanger montée de l’extrême droite à l’Empire contre-attaque. Disons qu’il faut embarquer dans ses délires, mais on ne peut nier qu’il a pris le parti de faire du cinéma où tout est permis.

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En apparence, il revient ici à un scénario plus sage. Des enfants, l’été, la mer. Les jeux qui occupent les longues journées. Mais Dumont reste Dumont. Il filme en plans ultra larges les décors, ce bleu du ciel et de l’eau, ce rouge des falaises, et au plus près, très très près, les mioches. Leur peau chauffée par le soleil, leurs cils, leurs moues. On sentirait presque leur odeur aigre et sucrée. C’est beau. Très. Et il est impossible d’échapper à la séduction des visuels.
Il capte à la fois les échanges spontanés et donc improvisés de sa petite bande, mais y mêle des dialogues très écrits, dictés à l’oreillette, volontairement artificiels. C’est plus difficile pour le spectateur. Si vous ne supportez pas ça chez Rohmer, vous allez probablement grincer des dents.
Enfin, sans jamais que ce soit platement mentionné, il leur fait faire des trucs peu réalistes pour des enfants de cet âge. Sauter de si haut, conduire des 4 roues sur les routes régionales, glander des heures durant seuls, prendre le train. Je pourrais ressortir ici les clichés sur la génération X, à laquelle Dumont appartient, on faisait ça, gamins, passer nos journées à peu près sans surveillance, même à 6 ans.
Sauf qu’il faut surtout, avant de s’affoler, se rappeler que c’est un film. Fifi Brindacier qui vivait seule avec son cheval et son singe dans sa maison rose, ça se peut pas pour de vrai, le fort de La guerre des tuques non plus; ça nous empêche pas de croire à l’histoire.
C’est dans la même posture qu’il faut aborder Les roches rouges. C’est pas pour de vrai qu’ils sautent de plusieurs mètres, plus probablement de 50 cm, mais dans leur imaginaire d’enfants, si. Et on a cette chance de se replonger dans cet imaginaire-là. Profitons.





