Avec la guerre en Ukraine, le conflit en Iran, et de nombreux autres brasiers régionaux, les tensions géopolitiques et stratégiques sont particulièrement importantes; c’est dans ce contexte tendu que les pays possédant des armes atomiques s’en servent de plus en plus comme leviers, déplore une organisation internationale.
Dans une publication diffusée plus tôt cette année, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le Sipri, indique en effet qu’en 2025, les neuf pays détenteurs de bombes nucléaires, soit les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël, « ont poursuivi leur programme de modernisation de leurs arsenaux atomiques« .
Et une bonne partie de ces nations auraient également, indique le Sipri, « déployé de nouveaux systèmes d’armes nucléaires, ou capables d’emporter des charges nucléaires ».
Toujours selon le Sipri, on comptait, en janvier de cette année, un peu plus de 12 000 ogives nucléaires, dont environ 9745 stockées dans des arsenaux, et donc prêtes à servir. Et de ce nombre, près de la moitié étaient déployées sur des missiles, ou prêtes à être embarquées dans des avions.
Au total, un peu plus de 2000 ogives sont constamment maintenues « en état d’alerte opérationnelle maximale » sur des missiles.
Sans surprise, c’est aux États-Unis et en Russie que l’on retrouve la très grande majorité de ces armes prêtes à être utilisées en quelques instants.
« Des voix influentes, y compris de certains dirigeants mondiaux, présentent les armes nucléaires comme une garantie contre une attaque menée par un État hostile. Mais le fait de rendre les stratégies nationales de défense et de sécurité dépendantes — ou davantage dépendantes — des armes nucléaires pourrait accroître considérablement les risques nucléaires », précise ainsi Karim Haggag, directeur du Sipri, par voie de communiqué.
Selon ce dernier, la situation actuelle est imputable à trois facteurs distincts: les progrès technologiques en matière d’armements, la fragilisation des mécanismes de contrôle (notamment entre les États-Unis et la Russie, NDLR), et la déstabilisation de la situation géopolitique mondiale.
Pire encore, juge M. Haggag, si les armes nucléaires sont normalement considérées comme un moyen de dissuasion – et ainsi éviter qu’une puissance atomique ne soit attaquée par un autre pays, qui plus est une autre nation possédant des ogives nucléaires –, cela n’a pas empêché des échanges de tirs entre l’Inde et le Pakistan, ces derniers mois.

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Pékin à toute vitesse, Washington et Moscou à la traîne
Au dire des spécialistes du Sipri, plusieurs grandes puissances travaillent présentement à moderniser leurs arsenaux nucléaires, ce qui pourrait entre autres mener à une augmentation du nombre d’ogives prêtes à être déployées à courte échéance, ou carrément à quelques secondes d’avis.
Ce processus n’avance pas à la même vitesse partout, cependant: c’est la Chine « qui développe son arsenal nucléaire plus rapidement que tout autre pays », avec un total estimé de 620 armes atomiques.
Aux États-Unis et en Russie, par contre, la modernisation piétine, notamment pour des questions budgétaires, chez nos voisins du Sud, ou encore pour des problèmes techniques, du côté russe.
Et puisqu’en parallèle de ces efforts de modernisation, bien des États dotés d’armes atomiques choisissent d’entretenir un « flou » stratégique, la sécurité nucléaire est davantage menacée, croit le Sipri.
« Dans un contexte de recul de la transparence et d’érosion des mécanismes diplomatiques de gestion des crises, la dérive autoritaire de certains États dotés de l’arme nucléaire contribue à une imprévisibilité encore plus grande », dénonce Matt Korda, chercheur principal associé au programme Armes de destruction massive du Sipri.
« Il n’est plus possible de présumer que les dirigeants évoluant au sein de tels systèmes disposeront de données fiables en cas de crise nucléaire, ni qu’ils agiront de manière rationnelle en période de fortes tensions. »





