On dirait que les drames de coulisses ayant contaminé la campagne promo de son Don’t Worry Darling ont inspiré la réalisatrice et actrice Olivia Wilde, puisqu’avec The Invite, elle décide littéralement de laver son linge sale par le biais du cinéma. Le résultat, aussi sensible que jubilatoire, est une irrésistible réussite.
Il est possible d’avoir un air de déjà vu à quelques moments durant le film. C’est après tout une adaptation libre du film espagnol Sentimental renommé The People Upstairs, adapté lui-même d’une pièce de théâtre, qui avait aussi eu droit au film français Et plus si affinités inspiré des mêmes bases.
Pas question de faire la moue, toutefois, puisque le scénario signé Will McCormack et Rashida Jones, deux acteurs très accomplis, en fait quelque chose d’immensément riche prenant toujours le pouls de chaque côté d’une médaille. Ce qui n’est pas sans rappeler leur autre étude de relations en chute libre qu’était le brillant Celeste & Jesse Forever.
Ce terrain fertile s’éloigne ainsi du simple remake et devient un terrain de jeu incroyable pour tous les comédiens réunis, mais encore plus pour Olivia Wilde, qui propose probablement sa mise en scène la plus riche et concise jusqu’à présent. Le résultat témoigne de la qualité de son regard artistique, qu’on savait indéniable depuis Booksmart.

Le long-métrage représente également une version plus longue mais aussi plus mature, instinctive et poignante des observations effectuées par et envers les personnages.
Ainsi, le film ne se contente pas de tirer judicieusement profit des malaises des situations, mais bien d’approfondir la prémisse en creusant véritablement les douleurs, les remords et les inconforts se cachant sous la surface.
Madame Wilde a après tout eu son lot de déboires personnels, au cours des dernières années, et le fait d’être autant devant en tant que protagoniste que derrière la caméra, pour la première fois, représente sans mal son aisance à aborder un sujet plus personnel que jamais.
Difficile, toutefois, d’y voir ici un projet de pure vanité, tellement elle se permet de se mettre en danger, de s’ouvrir artistiquement, mais également de puiser dans sa vulnérabilité, offrant de loin l’une de ses performances les plus marquantes en carrière.

Cette vulnérabilité, Olivia Wilde parvient aussi à l’atteindre chez son partenaire de jeu Seth Rogen, qui mûrit comme le bon vin, transcendant ses attachants tics habituels pour les utiliser aux fins du récit. Sa manie de tout virer à la blague cache des douleurs notables et son talent pour l’improvisation amène sans mal plusieurs des dialogues les plus hilarants de l’aventure.
Puisque voilà, avec un projet d’abord prévu pour une tout autre équipe, Mme Wilde n’a pas voulu tout repartir de zéro, mais s’est plutôt assurée de le construire en osmose complète avec tous ceux qui y sont impliqués, les séduisants Edward Norton et Penelope Cruz inclus, en se lançant avec un bonheur palpable dans l’expérience tournée chronologiquement.
De plus, avec l’aide de collaborateurs de talents, l’ensemble n’a aucunement des airs de laboratoire, ce qui confirme le sentiment très achevé de cette oeuvre de grande tenue.


Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Impossible, par ailleurs, de ne pas remarquer les compositions tout en cordes et tour à tour angoissantes, aliénantes et inconfortables si ce n’est séductrices de Devonté Hynes, alors que les cadrages, les jeux de miroirs et la luminosité des images du talentueux Adam Newport-Berra font de l’appartement un personnage à part entière qui ne fait qu’une bouchée des humains qui se trouvent dans ses espaces.
La cerise sur le sundae est le montage collaboratif de Anthony Boys et Yorgos Mavropsaridis qui savent tailler au couteau comme sa propre partition les répliques, les dialogues, les silences et les mouvements qui dictent les détours imprévisibles du film.
Ces deux monteurs sont après tout des habitués de l’humour noir et grinçant, le premier ayant travaillé régulièrement avec Armando Iannucci sur les décapantes séries télés The Thick of it, Veep et le déjanté film In the Loop, alors que le second est un fidèle de Yorgos Lanthimos, génie derrière The Lobster, The Favourite et Kynodontas dit Canine ou Dogtooth, notamment.

Un peu comme c’était le cas avec un délire comme The Overnight, un autre huis clos de deux couples sur fond olé olé, mieux on en sait, mieux c’est.
Une chose demeure, malgré tout: voilà un divertissement de grande qualité qui nous fait passer un sacré bon moment. Après tout, dans la plupart des meilleures blagues se cache toujours une bonne part de vérité, ce que le film que The Invite sait mieux que quiconque.
8/10
The Invite prend l’affiche le 3 juillet prochain dans certaines salles, et partout le 10 juillet.




