Si vous êtes de ceux qui pensez que le cinéma américain souffre d’un manque de créativité depuis quelques années, vous n’avez probablement pas vu Dust Bunny, le premier long-métrage de Bryan Fuller maintenant disponible en 4K, Blu-ray et DVD.
Quel enfant n’a jamais redouté qu’une créature maléfique soit tapie en-dessous de son matelas la nuit? C’est le cas d’Aurora, mais contrairement aux autres gamins de son âge pour qui il s’agit d’une simple phobie irrationnelle, la fillette a des bonnes raisons d’avoir peur, puisqu’un monstre caché sous son lit a effectivement dévoré tous les membres de sa famille. Intriguée par son voisin de palier, l’orpheline le suit et découvre qu’il s’agit en fait d’un dangereux tueur à gages. Après avoir volé l’argent de la dîme à l’Église, elle offre de l’embaucher avec son pactole de 327 dollars et 42 sous afin que celui-ci élimine le croque-mitaine. Soupçonnant que ses parents ont été tués par des assassins qui le cherchaient, lui, l’homme accepte alors de lui prêter main-forte.

Prolifique scénariste derrière bon nombre de séries télévisées à succès des dernières années (Dead Like Me, Star Trek: Voyager, American Gods, Hannibal, etc.) Bryan Fuller passe maintenant derrière la caméra avec Dust Bunny, son tout premier long-métrage. Action, fantasy, horreur et humour, ce film inclassable propose un incroyable mélange de genre. C’est comme si Le Professionnel de Luc Besson avait eu un enfant illégitime avec Where the Wild Things Are de Spike Jonze.
C’est une combinaison tellement improbable que ça ne devrait pas fonctionner, et pourtant, le résultat est un délicieux OVNI cinématographique ne ressemblant à rien d’autre et qui ne cesse d’étonner du début à la fin par son inventivité et sa personnalité unique.

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Dust Bunny possède toute la violence (et la logique tordue) des vieux contes de fées des frères Grimm. Sous ses apparences de fable fantastique, il s’agit surtout d’un film sur les blessures psychologiques. Bryan Fuller s’est d’ailleurs inspiré de ses propres expériences de jeunesse pour construire cette histoire rocambolesque. Le monstre constitue une métaphore des traumatismes que les enfants subissent lorsqu’ils ne sont ni écoutés ni protégés, et cette dimension symbolique apporte une profondeur inattendue au récit. Aurora n’affronte pas seulement une créature surnaturelle tapie sous son lit: elle tente de comprendre un monde adulte dans lequel elle ne se sent pas en sécurité.

Pour une première réalisation, Bryan Fuller fait preuve d’une maîtrise remarquable du médium, avec une signature combinant un sens aussi poussé de l’esthétique que Wes Anderson et un amour pour la violence débridée que ne dédaignerait pas Tarantino. Chaque décor a sa propre personnalité, et semble sorti tout droit d’un livre de contes de fées. Les meubles, les costumes, les tapisseries, les motifs des tapis, rien n’est jamais banal, et chaque élément est visuellement intéressant. Les couleurs oscillent entre le merveilleux et le cauchemar, et chaque séquence possède une identité visuelle forte. Même le monstre, à la fois mignon et terrifiant, s’avère digne d’un cauchemar d’enfant.
Mads Mikkelsen retrouve Bryan Fuller après leur collaboration sur la série télévisée Hannibal, et l’alchimie entre les deux artistes saute immédiatement aux yeux. L’acteur incarne ici un tueur professionnel usé par la vie avec un mélange remarquable de froideur et de vulnérabilité. Il parle peu, mais chacun de ses regards et chaque geste sont éloquents. Face à lui, la jeune Sophie Sloan constitue une excellente révélation dans le rôle d’Aurora. Elle évite les pièges habituels du personnage d’enfant précoce et offre une interprétation touchante, oscillant entre innocence, détermination et douleur enfouie. Sigourney Weaver, Sheila Atim et David Dastmalchian complètent cette solide distribution.

La version ultra-haute définition de Dust Bunny contient le film sur un disque 4K, et s’accompagne d’un code permettant de télécharger une copie numérique. Le matériel supplémentaire sur l’édition inclut six revuettes, mais à l’exception de la première, d’une durée de onze minutes et dans laquelle l’équipe de production discute de ce mélange unique de genres ou de la relation entre Aurora et l’assassin sans nom, les autres extras sont courts, et font moins d’une minute chacun. On retrouve une session de questions et réponses du réalisateur, un portrait du personnage d’Aurora, ou un document consacré au monstre. Il y a même une revuette où Mads Mikkelsen refait l’une des scènes de combat avec des figurines.
Porté par une prémisse complètement déjantée et des visuels débordants de personnalité, Dust Bunny s’impose comme un petit bijou de film de genre. À une époque où l’industrie cinématographique américaine semble parfois à court d’inspiration, il fait du bien de voir que certains réalisateurs n’ont pas peur d’oser afin d’offrir une œuvre sortant des sentiers battus.
7.5/10
Dust Bunny
Vous pouvez vous procurer le film en cliquant ici.
Réalisation et scénario: Bryan Fuller
Avec: Mads Mikkelsen, Sophie Sloan, Sheila Atim, David Dastmalchian, Caspar Phillipson, Line Kruse et Sigourney Weaver
Durée: 106 minutes
Format : UHD (4K et copie numérique)
Langue : Anglais seulement





