La marque de commerce de Suda51 et de son studio Grasshopper est de réaliser des jeux insolites qui n’ont pas peur de sortir des sentiers battus, et Romeo is a Dead Man, leur plus récent titre, pourrait bien être leur plus étrange, ce qui n’est pas peu dire.
Avec à son actif des titres comme No More Heroes, Killer7 ou Lollipop Chainsaw, Suda51 s’est taillé une réputation de « David Lynch du jeu vidéo ». Tous les projets auxquels son nom est associé ont en commun de livrer des expériences ne ressemblant à rien d’autre sur le marché. Avec Romeo is a Dead Man, le créateur japonais poursuit sa trajectoire d’auteur culte, mais cette fois-ci, l’expérience laisse une impression plus trouble, soit celle d’un geste créatif fort mais pas entièrement abouti.
Romeo Stargazer, le héros que l’on incarne dans Romeo is a Dead Man, est tué sous nos yeux dès les premières minutes du jeu. Son grand-père Benjamin émerge alors d’un portal et lui implante in extremis un casque et un bras cybernétique lui permettant de rester dans le monde des vivants malgré son décès. Embauché comme cadet de la branche spatio-temporelle du FBI, le cyborg est alors chargé de traquer diverses anomalies à travers le temps et l’espace, et d’éliminer au passage les doubles maléfiques de sa bien-aimée, Juliette.

J’allais oublier que, dévoré vivant par l’une des versions grotesques de Juliette, son grand-père continue de guider Romeo sous la forme d’un écusson parlant cousu à l’arrière de son blouson. Bizarre, vous dites? Le scénario éclaté de Romeo is a Dead Man refuse toute linéarité, et multiplie les ruptures de ton. Suda51 ne raconte pas une histoire conventionnelle ici: il la fragmente, la détourne, la parasite. Par instants, le jeu atteint une forme de poésie chaotique, mais plus souvent, il s’éparpille dans un fouillis d’idées, au détriment de son fil conducteur.

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Il y a clairement un écart entre la grande ambition narrative du jeu, et ses mécaniques en tant que telles. Rapides, mais rudimentaires, les combats constituent la partie la plus convenue du titre. On alterne entre attaque légère ou lourde avec l’épée. On a aussi la possibilité d’esquiver les coups des ennemis. On dispose en plus d’armes à feu pour toucher les points faibles de ses adversaires, bien indiqués sur leurs corps par un cercle lumineux. Grâce aux cristaux accumulés, on peut débloquer de nouvelles armes, et améliorer celles qui sont déjà en notre possession.
En raison d’un manque de variété du côté des ennemis que l’on affronte, la répétition s’installe vite, et les mécaniques s’enferment dans une routine beaucoup plus prévisible que l’intrigue du jeu. Ce défaut se retrouve aussi dans la conception des niveaux, étonnamment sage. Les environnements, pourtant propices à toutes les extravagances avec le principe de voyage dans des époques et des dimensions différentes, se révèlent très linéaires, comme si l’imagination débordante de Suda51 s’était concentrée sur le concept de base au détriment de sa réalisation.

La direction artistique est la véritable colonne vertébrale du projet. Collage visuel mêlant 3D, pixel art et influences rétro, Romeo is a Dead Man impose une identité forte, immédiatement reconnaissable. Chaque séquence déborde de trouvailles esthétiques, mais cette profusion d’influences bigarrées manque parfois de cohérence. Le style devient ici autant une force qu’une limite, alors que, techniquement, le jeu peine à suivre ses ambitions. Ralentissements, bogues et manque de finition viennent renforcer l’impression d’une production inaboutie.
Même s’il est profondément personnel et très artistique, Romeo is a Dead Man est un jeu qui ne plaira pas à tous. Si vous appréciez les histoires uniques et complètement déjantées, vous aurez du plaisir avec ce titre aux mécaniques beaucoup moins originales que son scénario.
7/10
Romeo is a Dead Man
Développeur et éditeur: Grasshopper Manufacture
Plateformes: PlayStation 5, Windows, Xbox Series S/X (testé sur PS5)





