Ce n’est peut-être pas la première fois que le scénariste Yves Sente et le dessinateur Peter van Dongen font équipe pour réaliser une aventure de Blake et Mortimer, mais ils frappent un véritable coup de circuit avec La Menace atlante, qui pourrait bien être leur meilleure contribution à la célèbre série franco-belge.
Par un soir d’orage à Londres, une boule lumineuse tombe du ciel et plonge dans la Tamise. Peu de temps après, d’étranges événements surviennent dans la mer du Nord, du port de Rotterdam jusqu’au large du Danemark, alors que des navires, dont tous les passagers sont mystérieusement décédés, sont retrouvés dérivant sur les flots.
Chargé par le gouvernement britannique de faire un rapport sur l’approvisionnement énergétique du pays, le professeur Philip Mortimer se rend en Écosse pour tester une installation géothermique, mais le petit village côtier de Mortapple où il se trouve est frappé par un tsunami.
Rejoint par le capitaine Francis Blake, qui a été alerté par le service du MI5, les deux amis partent en submersible dans l’espoir de comprendre l’origine de ces perturbations, mais l’étonnante découverte qui les attend sous les eaux, et qui menace une partie de l’Europe, leur donnera bien du fil à retordre.

Blake et Mortimer est, haut la main, ma série franco-belge préférée. J’apprécie évidemment toutes leurs aventures, mais je dois avouer que, encore plus que les enquêtes policières, les mystères ésotériques ou les intrigues géopolitiques, j’ai un énorme faible pour les récits de science-fiction mettant en vedette le duo, comme c’est le cas dans La Menace atlante. Puisqu’il est truffé de références, ce plus récent tome plaira avant tout aux lecteurs de longue date familiers avec l’univers créé par Edgar P. Jacobs. On y retrouve, entre autres, le docteur Grossgrabenstein, un archéologue passionné d’égyptologie qui apparaissait dans Le Mystère de la grande pyramide, mais le récit constitue surtout une suite à L’énigme de l’Atlantide, un album datant du milieu des années 1950 dans lequel les deux héros ont assisté au second engloutissement de la cité mythique d’Atlantis avant que ce peuple ne s’exile vers les étoiles.

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Réalisé par Yves Sente et Peter van Dongen (qui nous ont déjà donné le dyptique La Vallée des Immortels), on retrouve tous les éléments ayant fait le succès de Blake et Mortimer dans La Menace atlante. Une foi inébranlable en l’humanité, en la science et au fair-play, une intrigue de palais opposant les bons aux méchants, une dose d’archéologie, et une façon réaliste d’aborder les éléments de science-fiction. À l’instar de tous les meilleurs albums de la série, le colonel Olrik est évidemment de la partie, même si son rôle est somme toute assez secondaire. Au-delà de la nostalgie, l’album puise dans les grands enjeux actuels, comme la dépendance aux énergies fossiles et la pollution, et propose même une finale aux accents de space opera qui entraînera les deux héros aux confins de la galaxie. Que demander de plus?

Peter van Dongen maîtrise tous les codes de la ligne claire, et ses dessins dans La Menace atlante reproduisent à la perfection la signature visuelle d’Edgar P. Jacobs. En dehors des paysages réalistes de Londres et de ses quartiers familiers, comme Limehouse Dock, le Centaur Club ou la maison que partagent Blake et Mortimer au 99 bis Park Lane, les éléments de science-fiction lui permettent de montrer toute l’étendue de son talent: bulles vertes et gaz volcaniques mortels remontant à la surface de la mer, tsunami gigantesque s’abattant sur un village côtier écossais avec l’ampleur d’un film catastrophe de Roland Emmerich, corps momifiés recrachés sur la plage, aéronefs intersidéraux, villes futuristes de la Nouvelle Atlantide abritées sous une série de dômes de verre, ou faune et flore extraterrestre, l’album regorge d’images saisissantes qui rendent justice à l’aspect épique du récit.
Proposant une histoire de science-fiction dense et palpitante, La Menace atlante est si fidèle à l’esprit de la série originale qu’il aurait pu être réalisé par Edgar P. Jacobs lui-même, ce qui ne peut que réjouir les inconditionnels de Blake et Mortimer.
Blake et Mortimer – Tome 31 : La Menace atlante, de Yves Sente et Peter van Dongen. Publié aux éditions Blake et Mortimer, 64 pages.





