Pendant que les débats à propos de l’IA et du marché du travail prennent de l’ampleur, une nouvelle étude révèle que même des avertissements à propos d’un risque élevé de perdre son emploi, prochainement, au profit de l’intelligence artificielle ne sont pas suffisants pour ébranler la confiance du public.
À l’aide d’un vaste sondage, les chercheurs Anil Menon, de l’Université de Californie à Merced, et Baobao Zhang, de l’Université de Syracuse, ont cherché à savoir comment la population réagit aux prévisions concernant l’arrivée de « l’IA transformative », sur des horizons allant de 2026 à 2060.
Les résultats sont publiés dans The Journal of Politics.
Les deux spécialistes ont ainsi constaté que des délais plus réduits avant les profondes transformations imputables à l’IA rendaient les répondants légèrement plus anxieux à l’idée de perdre leur emploi au profit d’un robot, mais que cela n’avait pas d’impact sur leur idée du calendrier de ces pertes d’emploi, ou sur leur appui en faveur d’une réaction gouvernementale, qu’il s’agisse d’offrir de la formation aux travailleurs touchés, ou encore de fournir un revenu universel garanti.
Malgré tout, les participants à cette étude – un total de 2440 Américains adultes qui se sont informés à propos du développement rapide des modèles langagiers et d’autres systèmes similaires à ChatGPT, ou d’autres programmes permettant de générer des images à partir de commandes textuelles – ont bel et bien prédit que l’automatisation de l’économie pourrait survenir un peu plus tôt que prévu.
Cela n’a pas empêché ces mêmes répondants de n’être, au pire, qu’un peu nerveux à propos du risque d’être mis au chômage en raison des progrès technologiques, mais sans plus.
« Ces résultats laissent entendre que les croyances des Américains, à propos des risques de l’automatisation, sont bien cimentées », écrivent les auteurs des travaux. « Même lorsqu’on leur dit que l’IA aussi intelligente qu’un humain arrivera dans à peine quelques années, les gens ne revoient pas leurs attentes de façon importante, pas plus qu’ils ne réclament de nouvelles politiques publiques. »
Au dire des deux chercheurs, les conclusions obtenues vont à l’encontre de l’idée selon laquelle le fait de rendre plus « réelles » des menaces technologiques alimente l’appui du public en faveur d’une meilleure réglementation ou de garde-fous supplémentaires.
Trois scénarios
Dans le cadre de l’étude, les participants ont été affectés à quatre groupes: un groupe de contrôle, ainsi que trois autres groupes ayant chacun été exposé à trois prévisions en matière d’automatisation.
Ces prévisions, avec un horizon de 2026, 2030 et 2060, évoquent un point tournant où l’IA entraîne une profonde transformation du marché du travail, un grand nombre de gens perdant leur travail au profit de ces systèmes informatiques.
Après avoir consulté ces prévisions, les participants ont estimé le moment où leur travail, et celui des autres, serait automatisé, ont indiqué s’ils avaient confiance en cette prédiction, évaluer leur crainte de perdre leur emploi, et mentionné leur niveau d’appui envers plusieurs politiques publiques, y compris l’imposition de limites à l’automatisation, ou encore l’augmentation du financement accordé à la recherche sur l’IA.
Si le fait d’évoquer n’importe quelle prévision augmentait le fait de connaître les risques d’automatisation, seul l’horizon 2060 a fait augmenter, de manière marquée, les craintes de perdre son emploi dans les 10 ans, « possiblement parce que les participants jugeaient cet horizon plus crédible qu’une éventuelle transformation plus rapprochée », estime-t-on par voie de communiqué.
Un débat important
L’étude est publiée au moment où le débat fait rage à propos de l’impact des modèles langagiers et autres systèmes d’IA génératrices sur le marché du travail. Des spécialistes de la technologie ont prédit qu’un modèle d’IA aux capacités similaires à un être humain sera lancé d’ici la fin de la décennie, alors que leurs détracteurs soutiennent au contraire qu’il s’agit d’une vaste exagération des capacités de ces systèmes.
De l’avis des chercheurs, les résultats obtenus seront utiles pour les décideurs, afin que ceux-ci puisse concevoir des programmes de formation et des politiques publiques pour venir en aide aux personnes éventuellement touchées par ces transformations.
Illustration: https://DepositPhotos.com





