Robert the Bruce et l’impressionnant ennui

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À l’instar de plusieurs nouvelles de Philip K. Dick, la légende de Robert The Bruce, figure notable dans l’histoire trop peu connue de l’Écosse, semble être inadaptable au grand écran. De fait, les productions à son sujet se rendent rarement dans les salles sombres et c’est en DVD qu’on peut découvrir la plus récente version qui agit comme une suite involontairement volontaire au beaucoup plus mémorable et marquant Braveheart.

Drôle d’idée quand même de faire suite à un classique comme le film oscarisé de Mel Gibson, et ce près de trois décennies plus tard. Certes, c’est la mode à Hollywood de ramener la nostalgie à l’avant-plan, mais face aux ambitions de Gibson, ce Robert the Bruce n’arrive jamais à faire le poids, laissant comprendre pourquoi Braveheart s’était judicieusement assuré de ne jamais perdre William Wallace de vue.

Il faut se dire aussi que même s’il n’a jamais arrêté de jouer ni de participer à des projets intéressants ici et là (on le retrouve au générique de The Lost City of Z de James Gray, quand même), l’acteur écossais Angus MacFadyen n’a probablement jamais trouvé un rôle aussi marquant que celui-ci. C’est donc sans surprise qu’on le retrouve avec une deuxième fonction cette fois, celle de coscénariste. Probablement la plus grosse justification pour laquelle on a bien voulu et accepté qu’il interprète quelqu’un de beaucoup plus jeune qu’il ne l’est en réalité. Et aussi pourquoi les gros combats épiques font place à des divagations philosophiques.

Puisque voilà, ne vous attendez pas à découvrir un Robert The Bruce fier et vaillant ou même en pleine conquête de son territoire, mais bien plus vieux et hanté par des regrets et des remords, se remettant continuellement en question. Une approche intimiste qui aurait sûrement été bénéfique pour un cinéaste comme Terrence Malick par exemple, mais qui tombe rapidement à plat ici.

Surtout que si même David Mackenzie n’est pas parvenu à pondre un long-métrage fonctionnel et intéressant avec le personnage (Outlaw/King, qui est allé se perdre dans les algorithmes de Netflix, s’intéressait à une période antérieure du personnage), il fallait s’attendre à ce que le peu connu Richard Gray ne parvienne pas non plus à sortir son épingle du jeu.

Certes, la technique est compétente. Les mélodies de Mel Elias sont fonctionnelles à défaut d’être génériques et les images de John Garrett tirent avantage des jolies paysages même si on se désole d’apprendre que la majorité du film a plutôt été tourné dans le Montana aux États-Unis plutôt qu’en Écosse.

On y trouve même des visages plus connus ici et là, comme Patrick Fugit et Jared Harris, mais les personnages sont si fades et les situations dans lesquelles on les présente sont d’un intérêt si quelconque qu’il est difficile d’avancer avec fluidité dans les longues 124 minutes qui constituent le film.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Pourtant on essaie de faire hommage ici et là. L’introduction est calquée sur son modèle, on essaie de mettre en contexte, on utilise la narration en voix off sur les beaux paysages qui rappellent les immenses panoramas de The Lord of the Rings et même la pochette du DVD pastiche un plan direct de Braveheart. Sauf que rien n’y fait, l’ennui ne quitte jamais la production.

De quoi penser grandement au travail d’un autre cinéaste australien: Justin Kurzel, capable autant d’adopter le classicisme avec son somptueux Macbeth que de se lancer tête première dans l’audace avec son époustouflant True History of the Kelly Gang, redonnant un nouveau souffle à une autre figure mythique : Ned Kelly. Comme quoi il y a toutes sortes de façon d’utiliser le septième art à son avantage quand vient le temps de s’intéresser au passé.

À noter aussi que le film est présenté seulement dans sa version originale anglaise sans sous-titres, ce qui aurait pu servir pour ceux ayant plus de difficultés avec certains accents écossais (ceux-ci ne sont pas tellement prononcés, quand même), alors qu’une traduction aurait rendu le film accessible à un plus grand public, le genre historique et médiéval étant certainement populaire comme en font foi les téléséries comme Vikings ou Game of Thrones.

C’est d’ailleurs peut-être là que se trouve le dernier espoir pour Robert the Bruce, une télésérie qui trouverait le moyen de judicieusement raconter son histoire avec panache. Pour le reste, voilà un film qui piquera probablement la curiosité des mordus d’histoire voulant aller ailleurs que vers les secteurs historiques beaucoup plus achalandés côté cinéma. On prévoit toutefois qu’il est presque assuré que la majorité des publics restera sur sa faim.

4/10

Robert the Bruce est disponible en DVD via TVA Films depuis le 1er décembre dernier.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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