Democracy 4, l’art politique renouvelé

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Deux ans après en avoir annoncé la mise en développement, le studio Positech Games vient tout juste de lancer, en accès anticipé, la quatrième édition de son jeu de gestion politique Democracy. Tour d’horizon de ce titre à prendre avec des pincettes… ou des pinces rouillées chauffées au fer rouge.

L’idée est simple… mais aussi complexe: diriger un pays en prenant de petites ou de grandes décisions qui auront certainement un impact sur la marche de la société. Faut-il baisser les impôts et laisser libre-cours à un capitalisme débridé? Faut-il créer l’équivalent de la République du Plateau-Mont-Royal, avec ses pistes cyclables, son recyclage et sa « guerre à l’automobile »? Tout est possible: il suffit de disposer du capital politique. Et, potentiellement, de l’argent nécessaire.

Car tout se monnaye, à Democracy 4, dans un sens comme dans l’autre. Vos ministres vous fournissent un nombre de points de capital politique par trimestre, et l’économie nationale dégagera ou non un surplus budgétaire, que vous soyez prudent, dépensier, ou encore chanceux ou non au sein de l’économie mondiale. Bien entendu, diverses situations vous forceront aussi à prendre une décision qui sera généralement lourde de conséquences, que ce soit sur le plan des relations internationales ou, bien souvent, du côté de votre cote de popularité auprès des divers groupes qui forment l’électorat.

Ces groupes sont bien entendu le nerf de la guerre. Car sans appuis électoraux, la partie est perdue, que vous ayez une utopie ou non. Tous les quatre ans, dans le cas du Canada, par exemple, vous devrez passer par les urnes pour vous assurer de continuer la partie. Et en cas de défaite, le jeu se termine, tout simplement.

À l’instar de Democracy 3, la 4e édition du jeu récupère les bons côtés de la série: d’abord ce plaisir d’ajuster certaines petites choses, d’adopter de nouvelles politiques ou d’en éliminer d’anciennes, de modifier des budgets, puis de voir certains indicateurs s’améliorer, ou encore empirer.

Tout est interrelié, ou presque, après tout, au sein d’une société contemporaine, et pour vous attaquer à la pollution atmosphérique, par exemple, il est tout à fait possible de simplement lourdement taxer les émissions de CO2, mais cela pourrait nuire à vos industries et provoquer un exode des grandes compagnies. Subventionner les carburants verts? Le nombre de voitures augmentera sur les routes, tout comme la congestion et les sommes qui devront être consacrées à l’entretien routier.

Dans ce Democracy 4, d’ailleurs, les liens entre les divers aspects de la société semblent mieux définis, les politiques sont plus claires – et plus nombreuses –, et quantité de nouveaux événements liés de près ou de loin à l’actualité des dernières années ont été intégrés dans les scénarios des divers pays. Ceux-ci ne sont que quatre, pour l’instant, soit le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, mais d’autres États seront rendus disponibles prochainement, assurent les développeurs.

Une simulation incomplète

Tout aussi complet puisse être le jeu, Democracy 4 comporte aussi d’agaçants défauts qui étaient présents dans la précédente version, tout comme de nouveaux irritants. D’abord, la gestion des menaces envers la sécurité, notamment les plans d’attentat qui semblent être déjoués par vos services de renseignement, ne semble pas fournir l’option d’arrêter les conspirateurs, par exemple. Est-ce une fonctionnalité temporairement manquante, ou carrément un oubli?

Idem pour le membership des partis politiques: lors du test du jeu, le parti dirigé par ce journaliste possédait un grand total de zéro membres, malgré une cote de popularité qui atteignait 64% en fin de mandat.

Parlons-en, d’ailleurs, de la fin de mandat: l’expansion Electionnering de Democracy 3 offrait plusieurs options encadrant les discours politiques, les débats, et d’autres particularités d’une campagne électorale qui sont totalement absentes, ici, pour l’instant. On apprécie les allocutions précampagne qui nécessitent un certain nombre de points d’action et ne permettent jamais de contenter tout le monde, mais autrement, c’est assez mince.

Le jeu ne semble pas non plus, dans sa version actuelle, être en mesure de gérer les systèmes politiques comptant plus de deux partis principaux. Cela est possiblement compréhensible aux États-Unis, mais au Canada, c’est absurde. Et cela donne des situations où, avec plus de 35% d’intentions de vote, ce qui garantirait généralement une majorité au système uninominal à un tour, comme celui des Communes, le jeu nous indique que nous n’avons pas de chances de former le gouvernement. Et cet avertissement est toujours affiché à 50, voire 55% d’intentions de vote.

Le plus drôle, c’est que le soir des élections, le parti d’opposition n’a obtenu aucun vote, tandis que les « non-votants » ont représenté 34% de l’électorat. Quant au deuxième parti d’opposition, il est disparu sans demander son reste.

Bref, Democracy 4 est un jeu bien agréable, mais franchement incomplet pour l’instant. Les amateurs du genre y trouveront une version plus léchée de Democracy 3, mais on sent que Positech Games n’a pas encore exploité tout le potentiel de sa franchise.

À suivre!

Democracy 4

Développeur et éditeur: Positech Games

Plateforme: Windows (Steam, Humble Bundle, GOG); testé sur Steam

Jeu non disponible en français


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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