Mariana Mazza s’offre toutes les maisonnées avec un « film »

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Faire différent vaut souvent son pesant d’or et, à son image, l’humoriste Mariana Mazza a voulu terminer la tournée de son premier spectacle Femme ta gueule d’une manière originale: un film. Certes, ce n’est pas totalement un film à sketchs, ni totalement un véritable long-métrage. Plutôt une version singulière de revisiter son spectacle, coûte que coûte.

À l’instar de Mon ami Walid, le projet peine toutefois à convaincre dans sa totalité. Il faut quand même admettre que la relève humoristique ne manque pas d’audace. Sauf que ce projet sert surtout à permettre à ses fans de revivre son spectacle, qu’ils ont peut-être même vu plus d’une fois, comme si c’était la première.

De fait, même si Mariana Mazza tente ici et là de faire son mea culpa (elle n’est pas que vulgaire et même si elle se met littéralement à nu, plusieurs fois, elle ne fait pas que se dévêtir), il n’y a pas grand-chose ici pour véritablement conquérir de nouveaux fans ou d’instaurer une nouvelle pratique qui remplacerait les captations classiques des spectacles humoristiques. Surtout qu’on a réduit à moins d’une simple heure un spectacle qui en durait une bonne heure et demie, à la base.

La prémisse peut quand même sembler un brin intéressante. On débute fictivement au moment où Mariana termine son spectacle, alors qu’on la suit se diriger aux loges et décider de terminer sa soirée encore entre le « high » du métier et la mélancolie de cette première fin dans un bar en privé avec le barman. C’est ensuite que ça se gâte, après qu’on mêle, sans ordre précis, une conversation beaucoup trop scénarisée avec un acteur (Cédric Egain), une reproduction du spectacle et diverses capsules où l’artiste offre différents segments de son spectacle à des publics inusités.

Sans même entrer dans la nature des textes, qui s’avèrent toujours à cheval entre l’importance des thèmes et la manière dont on s’y prend (l’orientation, l’indépendance, la sexualité, le féminisme, la vieillesse, la misogynie, la classe et on en passe), on ressent davantage de malaise de découvrir la plume de l’artiste avec public réduit et un mélange de spontanéité et de moments qui semblent beaucoup trop arrangées. À noter les rares cameos qui méritent certainement mieux que la façon dont on les utilise (comme Debbie Lynch-White).

L’ensemble devient alors un fourre-tout qui se donne des allures de Bye Bye (il y a même des segments chantés et animés) et où les bonnes idées se font moins nombreuses qu’on semble le croire. Un peu comme cette insistance à parler maladroitement de masculinité et de féminité, ramenant toujours constamment l’homosexualité dans le mélange.

Réalisé avec vivacité par Alec Pronovost via un montage qui fait par moment défaut et qui ne jouit pas toujours de la meilleure fluidité, les possibilités du format vidéo n’étant pas toujours utilisées à leur plein potentiel. Admettons toutefois que cela sert à merveille tout ce qui a trait aux messages qu’elle reçoit en privé.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Pour le reste, il faut quand même admettre le charisme indéniable de Mariana et sa manière de se mettre tous les publics (ou presque) dans sa poche. Si beaucoup d’humoristes avant elle se sont livrés dans des incursions plus personnelles (Louis-José Houde, par exemple), c’est là qu’on réalise qu’on aurait préféré plus de moments naturels pour découvrir avec plus d’authenticité (et moins de texte pré-écrits) la femme derrière l’artiste. C’est lorsqu’elle parle avec sincérité de moments plus personnels ou lorsqu’on la voit avec les autres que Mazza s’avère la plus touchante et rassembleuse. Comme via sa mère ou avec des publics aussi inattendus qu’une classe d’adolescentes ou d’un public dans une maison de retraités.

À cela, on apprécie davantage les dernières minutes de la production qui nous offre de véritables coulisses à l’ensemble plutôt que celles plus fictives qu’on nous aura monté et montré jusqu’à présent.

Compte tenu les possibilités du format physique, n’en déplaise à une jolie pochette, on se désole de ne pas trouver aucuns suppléments. Que ce soit de véritables sketchs pour voir comment elle est véritablement sur scène, un making of ou même des bloopers, on aurait certainement voulu creuser davantage dans son univers.

Femme ta gueule – le film, qui a déjà explosé sur vidéo sur demande d’ailleurs, est après tout un beau cadeau que ses fans peuvent maintenant s’offrir. Dommage toutefois que par moment le projet ressemble davantage à un cadeau que Mariana Mazza s’est offert qu’un présent qu’elle a véritablement voulu donner.

3/10*

*À noter que la note peut augmenter exponentiellement selon son appréciation de départ de l’humoriste

Femme ta gueule est disponible en DVD depuis le 8 septembre dernier.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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