Undertaker Tome 5: bien plus que des cowboys et des Indiens

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Qualifié de « plus grand western depuis Blueberry », la série Undertaker, qui en est déjà à son cinquième tome, est si bien écrite et si joliment illustrée que même ceux et celles n’ayant jamais tripé sur le genre risquent d’être conquis.

Recherché pour des meurtres qu’il aurait commis à la fin de la guerre de Sécession, Lance Strikland s’est inventé une nouvelle identité et une nouvelle vie, et sous le nom de Jonas Crow, il exerce désormais le métier de croque-mort itinérant, se déplaçant d’une ville à l’autre pour rendre les cadavres présentables, fabriquer les cercueils, et creuser les trous pour les enterrer. De passage en Arizona, il tombe sur Sid Beauchamp, un ancien comparse travaillant maintenant pour la propriétaire de la plus grosse compagnie de diligences de l’État, et dont le fils Caleb, enlevé et torturé par les Apaches, serait mort dans une fusillade. Jonas accepte, un peu à contrecœur, d’aider son vieil ami à rapatrier la dépouille afin que sa mère puisse lui offrir des funérailles chrétiennes, mais il est loin de se douter que cette excursion en territoire Chiricahuas lui fera côtoyer la mort d’encore plus près que d’habitude.

La couverture de l’album

Avec Jonas Crow, un croque-mort ambulant qui laisse parfois dans son sillage plus de cadavres qu’il n’en enterre et dont l’animal de compagnie est un vautour nommé Jed, Xavier Dorison (qui scénarise également la bande dessinée Aristophania) a créé un antihéros unique et mémorable, et ce plus récent opus, intitulé L’Indien blanc, continue d’explorer des zones morales grises, en s’articulant cette fois-ci autour d’un homme blanc ayant renoncé aux « bienfaits de la civilisation » et combattant les siens aux côtés des Apaches. Bien que le départ des deux improbables partenaires féminines de Jonas à la fin de l’album précédent change un peu la dynamique, ce cinquième tome d’Undertaker ne décevra pas les fidèles, qui retrouveront avec plaisir l’humour noir et l’écriture adulte qui font le charme de cette série.

Une page de l’album

Influencé par l’école de la ligne claire et par des maîtres comme William Vance ou Pierre Christin, Ralph Meyer signe des illustrations somptueuses dans L’Indien blanc, dont on ne peut s’empêcher d’admirer la finesse et le réalisme. Arborant barbe, chapeau haut de forme et redingote de croque-mort, Jonas Crow a des allures d’un Méphistophélès du Far Ouest, et tout en continuant de reprendre à son compte l’iconographie typique du western avec ses canyons, ses Stetsons, ses diligences et ses six-coups maniés par des desperados aux mines patibulaires, le dessinateur apporte une belle dose de nouveauté à la série, en enneigeant ses paysages pour la première fois avec cette intrigue prenant place en hiver.

Plus proche du Django Unchained de Quentin Tarantino que d’un vieux film de John Wayne, Undertaker redonne ses lettres de noblesse au western en lui insufflant une sensibilité résolument moderne, et avec cinq tomes, tous aussi excellents les uns que les autres, cette série gagne définitivement à être connue.

Undertaker Tome 5, L’Indien blanc, de Ralph Meyer, Xavier Dorison et Caroline Delabie. Publié aux éditions Dargaud, 64 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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