Dumbo: pour une poignée de larmes

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Disney continue son saccage de notre enfance pour se donner le mandat de faire rêver les nouvelles générations, mais le résultat continue d’horripiler, poussant à nouveau Tim Burton dans les bas-fonds plutôt que dans ces belles années où il savait savamment nous faire rêver. Ce remodelage de Dumbo n’est rien d’autre que pénible.

Voilà maintenant une décennie que Disney s’est mis à remettre au goût du jour et en « prises de vues réelles » ses classiques les plus indémodables, histoire de dépoussiérer ses vieux films d’animation et de gratter la cenne des âmes nostalgiques. Si le bal a justement débuté avec Alice in Wonderland de ce cher Tim Burton, l’exercice est rapidement devenu de plus en plus opportuniste comme seul Disney sait en tirer profit.

Si, au départ on s’amusait à jouer sur les histoires d’origine, les sources littéraires ou autres, à s’inventer des suites ou à se permettre ses propres fantaisies, on a vite pris la tangente de reproduire à la lettre les souvenirs d’antan et, au pire, de les bonifier.

Étrangement, ce désir de rester collé à la source permet d’une certaine façon à cette relecture de Dumbo d’être moins pire que l’adaptation du classique de Lewis Carroll qu’on nous avait livré auparavant. Seulement, en essayant tout de même d’y insuffler son propre souffle, le film s’égare vers d’incontrôlables horizons de non-sens dont on se serait certainement passé. Il faut quand même l’admettre, de faire passer un film d’une durée d’à peine plus d’une heure à près de deux, il ne faut pas avoir froid aux yeux sur le potentiel de nos ajouts, ce qu’on subit ici à nos dépens.

Certes, on comprend rapidement l’attrait dans ce projet qui a intéressé Burton. On note la présence de cette famille de reclus bizarroïdes, le cirque, ces familles brisées qui ont tout à se prouver pour se retrouver et cette critique singulière du capitalisme (qui laisse la place à un pied de nez assez surprenant à Disney lui-même, ce, sans à peine une touche de subtilité). Sauf que s’il a beau refaire équipe avec la costumière visionnaire Colleen Atwood et son monteur Chris Lebenzon, notamment, en plus de renouer avec la délicate Eva Green, le cabotin Dany DeVito et l’inimitable Michael Keaton, à mi-chemin entre l’avarice de The Founder et les excès de Beetlejuice, il est très loin de retrouver la liberté de Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children, la justesse de son remarquable Big Fish, la folie de Charlie and the Chocolate Factory, ou bien sûr l’assurance de son Edward Scissorhands, pour ne nommer que ceux-là.

Et le plus grand problème avec ce Dumbo, c’est à quel point il se prend au sérieux, n’en déplaise à quelques gags qui ne lèvent pas et à la présence d’un singe lorsque DeVito est à court, justement, de singeries. Malgré les effets de lumières du directeur photo Ben Davies, rien n’y fait, ce monde irréel entièrement tourné en studio sur fonds verts et carburant au CGI n’atteint même pas la cheville de la poésie du King Kong de Peter Jackson, et on croit difficilement à tout cet univers de mensonges où le drame et la douleur sont roi et reine pour essayer d’y faire triompher l’amour inconditionnel de sa famille.

Un peu de dérision à la Ed Wood n’aurait décidément pas fait de mal à cette entreprise qui, par moment, donne l’impression de sortir d’une bande éducative sur comment contrer l’intimidation et les moqueries. Et disons que d’avoir confié le scénario à Ehren Krueger, responsable non seulement de trois Transformers, de l’adaptation controversée de Ghost in the Shell, mais aussi du pire Scream de la série, n’a certainement pas aidé.

On se perd alors dans les méandres des mauvaises idées qu’un simple clin d’œil maladroit à la parade des éléphants ne peut pas sauver. On ne croit pas à ce Colin Farrell amputé (surtout lorsqu’il surnomme Dumbo « Big D »), ni à ces effets spéciaux décidément pas toujours réussis selon les angles (Dumbo est-il mignon ou effrayant?), ni à ce dosage complètement déséquilibré entre le réalisme de l’ensemble et le surréalisme des situations. D’accord, à la base, un éléphant qui vole, ça donne le ton, mais si vous prenez la peine de nous situer l’histoire dans le temps et dans des lieux véritables, en plus d’utiliser des références comme Marie Curie, on a de la misère à suivre l’entreprise quand on veut que l’éléphant volant en question soit chevauché.

Cette version de Dumbo est alors un ramassis de trop de choses qui ne deviennent jamais vraiment cohérentes ensemble. Trop de désirs et de restrictions qui ne font preuves d’aucune liberté n’en déplaise à l’épilogue ridicule qui nous faisait craindre un croisement avec le Lion King à venir cette année. Un ratage surprenant qui exaspère au lieu d’enchanter.

4/10

Dumbo prend l’affiche en salles ce vendredi 29 mars.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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