Le minimalisme de Raimund Hogue à l’Usine C

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Dramaturge de Pina Bausch, Raimund Hogue a longtemps été sur scène sans être sur scène. Depuis quelque temps, il monte sur les planches avec son corps atypique et bossu, dans des pièces mises en scène par lui même et d’un minimalisme absolu. Il est à l’Usine C deux jours avec Pas de deux, et joue Valse les deux jours suivants.

Il est difficile pourtant d’invoquer la dramaturgie de Pas de deux, car elle n’est pas évidente à décortiquer. La pièce de deux heures est faite de tableaux d’une lenteur extrême qu’on a bien du mal à lier entre eux. Hogue marche, pose, trace des lignes, avec son partenaire de danse Takashi Ueno qui semble lui louer un infini respect. Lui est un japonais formé au butō cette danse très introspective, parfois sans mouvement, née dans le contexte d’après seconde guerre mondiale. Hiroshima, Nagasaki reviennent d’ailleurs sonner le glas du mal sur scène plusieurs fois, sans commentaire particulier. Ueno nous accordera tout même quelques mouvements, comme une respiration à ce long soupir douloureux qu’est la pièce.

Heureusement il y a la musique, qui y tient une place très importante. Du plus classique aux chansons d’amour kitsch. Il y a la quête certaine de sensualité. Hogue nous y présente des instants de beauté, de mélancolie, de paix, de réconciliation. Mais ce que Hogue veut nous dire vraiment? Cela se liste de manière abstraite sur les programmes et dans les articles de soi-disant érudits friands de spectacles vides si classiques du contemporain. On se sent un peu manipulé. Enfin, peut-être faut-il arriver en salle avec en tête les mots d’intentions du créateur:

« C’est très important pour moi que les gens aient ce temps pour réfléchir, se pencher sur eux-mêmes, sur leurs souvenirs, sur leurs rêves. Les rêves sont tous les mêmes finalement, avec l’amour, la vie, la beauté, le père, la mère. La peur aussi. »

Alors, si vous décidez d’y aller, embarquez vos rêves et vos pensées, laissez vous emporter par la musique et à votre sortie jetez-vous rapidement à nouveau dans la vie!

Pas de deux

Usine C

10 – 11 avril

Valse

Usine C

13 – 14 avril


En complément:

Théâtre – Se mettre dans la peau d’un corps malade

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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