Semer le chaos à travers le monde avec l’arme américaine

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Toutes les 31 minutes, une arme de poing en provenance des États-Unis est utilisée pour commettre un crime à travers le Mexique, le Canada, l’Amérique centrale et les Antilles, a relevé le Center for American Progress basé à Washington. Ailleurs dans le monde, la puissance bannit la vente d’armes au Soudan du Sud, mais participe au Singapore Airshow, rapporte Reuters le 2 février.

Aux États-Unis, le port d’arme se justifie par l’argument de l’autodéfense en parallèle avec l’idéologie de défense du pays. Le gouvernement trouve toujours une raison pour intervenir militairement. N’empêche qu’aucun pays ne détient un complexe militaro-industriel aussi imposant et le président Donald Trump compte le mettre à profit. D’abord, il a fait pression sur les pays membres de l’OTAN pour qu’ils allouent 2% de leur PIB aux dépenses militaires. Ensuite, il a assuré au lobby proarme, la NRA, qu’il n’allait pas s’opposer au droit de porter une arme par un discours virulent. Puis, il a proposé à la première ministre de la Norvège de combler un déficit commercial par l’achat d’armement.

À la fréquence d’un crime à la demi-heure, le Center for American Progress ajoute que les analyses faites par le gouvernement américain répertorient 50 133 fusils en provenance des États-Unis, découverts lors d’enquêtes criminelles à travers 15 pays entre 2014 et 2016. Le rapport intitulé Beyond Our Borders révèle que la faiblesse des lois américaines contribue au trafic des armes à feu à partir des États-Unis dans des pays qui souffrent de violences de groupes criminels comme le Mexique, le El Salvador et le Honduras.

Au Mexique, le nombre de meurtres a monté en flèche en deux décennies alors que la vente d’arme de poing est strictement contrôlée dans ce pays. En 1997, les meurtres par arme à feu représentent 15%, ce nombre a augmenté à 66% en 2017. Ainsi, 70% des 106 001 fusils retrouvés au Mexique de 2011 à 2016 ont été achetés aux États-Unis, d’après le U.S. Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives.

Cibler

Selon la logique américaine, le fusil est un instrument de défense jusqu’à ce qu’il tombe dans la main d’un criminel. Afin d’éviter le changement de propriétaire, le gouvernement peut faire des pressions sur des dirigeants comme ils l’ont fait le 2 février avec le président du Soudan du Sud, Salva Kiir. Les autorités américaines ont banni l’exportation d’armes et de services de défense dans ce pays. Le but est de mettre fin à 4 ans de guerre civile, sur fond de génocide au Rwanda en 1994.

Des experts indépendants de l’ONU ont rapporté au Conseil de sécurité que le gouvernement du Soudan du Sud a dépensé 7 millions $ en armement malgré la famine et la crise économique. «L’Ouganda fournit le Soudan du Sud avec son propre arsenal ou acquiert les armes et les transferts à ce pays, sans nécessairement obtenir le consentement du premier vendeur», a affirmé une source aux experts de l’ONU en janvier 2016. «Les armes continuent de circuler au Soudan du Sud à partir de diverses origines, souvent avec la coordination des pays voisins», ont rapporté les experts de l’ONU l’année dernière.

Brian Adeba de l’organisation qui lutte pour prévenir les génocides et les atrocités, Enough Project basé à Washington, a affirmé que le bannissement des armes serait plus efficace s’il était imposé à plusieurs pays, dont certains en Afrique. La Biélorussie, la Chine, Cuba, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et le Venezuela sont inscrits sur la liste noire de l’International Traffic Arms Regulations (ITAR).

Vendre

Le Singapore Airshow se déroulant du 6 au 10 février doit être perçu comme un test pour la nouvelle stratégie de l’administration Trump, que le Pentagone et le State Department jouent un rôle plus actif en sécurisant la vente d’armes à l’étranger. Pour la première fois depuis 2009, la délégation américaine va inclure ses plus hauts officiers afin de superviser la vente d’armes pendant l’événement.

Les États-Unis ont exporté 49,5 milliards $ de produits aérospatial et de défense en Extrême-Orient, l’équivalent de la demande européenne se chiffrant à 49,8 milliards $, d’après les données du département américain du Commerce.

L’opération commerciale s’inscrit dans l’initiative «Buy America».


En complément:

https://www.pieuvre.ca/2018/02/06/enquete-sur-lingerence-russe-au-tour-dun-memo-democrate-detre-declassifie/

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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