Un boulet pour l’empire américain

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René-Maxime Parent

Si la plupart du temps, le président américain semble agir de façon irréfléchie et spontanée, la pression qu’il exerce sur les membres de l’OTAN pour allouer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires rejoint sa vision stipulée dans An Open Letter from Donald J. Trump on Why America Should Stop Paying to Defend Countries That Can Afford to Defend Themselves, publiée par le New York Times, le Washington Post et le Boston Globe en 1987.

Après la tuerie de Paris qui a fait 129 morts revendiquée par l’État islamique, le président français François Hollande a qualifié la série d’attentats d’acte de guerre en interpellant les 28 États membres de l’OTAN pour une riposte militaire, invoquant l’article 5: « Une attaque armée contre l’une ou plusieurs (des parties) survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties », rapporte l’éditorialiste Roger Cohen du New York Times, le 14 novembre 2015. Alors, le raisonnement du président français s’est limité à la loi du talion par l’emploi de la force, mais comment s’assurer de l’équivalence entre un attentat armé et le bombardement d’une région?

Ce dilemme éthique n’est pas soulevé par le président Donald Trump qui a choisi comme allié de Washington le Royaume-Uni détenant l’agence de renseignement la plus importante d’Europe et Israël se constituant un arsenal, dont l’achat de sous-marins allemands. Nos gouvernants exagèrent les dangers réels, en inventent d’autres et alimentant l’idée que nous serions victimes de persécutions constantes, écrit le journaliste du quotidien israélien Haaretz, Gideon Levy dans le Monde diplomatique d’octobre 2016. Attiser la peur de l’adversaire pour augmenter les dépenses militaires est une formule qui s’applique à même son pays et vis-à-vis les autres gouvernements.

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel a montré que le Commandant américain à la tête de l’OTAN de 2013 à 2016, Philip Breedlove, a reçu l’aval de Washington pour tenir un discours alarmiste afin d’inciter les Européens à augmenter leur budget de défense, écrit le journaliste du magazine Harper’s, Andrew Cockburn dans le Monde diplomatique de février. Une campagne efficace puisque plusieurs pays membres de l’OTAN, dont l’Allemagne, ont entrepris d’accroître leurs dépenses militaires. À un sommet de l’Alliance en 2014, les membres de l’OTAN se sont fixé l’objectif d’allouer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires avant 2024.

Les États-Unis, la Grèce, le Royaume-Uni, l’Estonie et la Pologne ont atteint l’objectif, mais les pays européens dépensent en moyenne à peine 1,5 %, et 1 % pour le Canada, d’après Radio-Canada, le 16 février. Au-delà de cette pression sur l’OTAN, le président Donald Trump rompt avec l’herméticité de la peur des présidences antérieures, notamment par la création d’un brouhaha raciste, belliqueux et xénophobe.

Il soutient plutôt une vision contradictoire d’une Amérique forteresse contrôlée par des frontières fermes qui invite au conflit par le maintien d’une présence provocante surprolongée à l’étranger, écrit le professeur d’histoire à l’université Rutgers, Jackson Lears dans le New York Review of Books, à paraître le 23 février.

Circonférence impériale

En vue des conséquences catastrophiques de l’impact de la présidence de Donald Trump sur la politique étrangère des États-Unis, un débat sur le rétablissement de la « vertu civique » et sur la clarification des intérêts nationaux au sujet de l’empire américain devient urgent, d’après le professeur Jackson Lears pour qui il n’est pas encore trop tard. Ce dernier revient sur la création de l’empire américain : la fin de l’empire espagnol en 1898.

À l’époque, les autorités américaines engageaient les Cubains et les Philippins dans une guerre pour l’indépendance contre l’Espagne, deux colonies qui appartenaient à l’empire centenaire. À la suite de l’explosion du cuirassé Maine le 15 février 1898 envoyé à Cuba un mois plus tôt par le président américain William McKinley, William Randolph Hearst a écrit que le navire avait été torpillé par les Espagnols dans les pages du New York Journal. Cette fausse nouvelle a provoqué l’entrée en guerre des États-Unis et de l’Espagne le 24 avril. En si peu que 55 jours, les États-Unis se sont approprié cinq territoires insulaires comptant plus de 11 millions d’habitants, incluant l’archipel d’Hawaii, Guam et Porto Rico.

Dotées de la mission divine de régénérer le monde, les autorités américaines ont créé le « Platt Amendement » qui prétend être une indépendance formelle administrée par les natifs qui coopèrent avec les hommes d’affaires américains pouvant recevoir l’intervention de l’armée. Cet amendement nommé « Plattismo » par les Latino-américains est devenu la caractéristique de l’empire américain en Occident et plus loin encore. Les possessions de territoires déclarées ont ouvert la voie à ce modèle en Amérique latine, dans les Caraïbes, aux Philippines et en Chine transformant la forme que prend l’empire à travers son expansion.

Guerre froide

Après avoir émergé de la Seconde Guerre mondiale en tant que pays le plus puissant au monde, les États-Unis ont protégé les investissements étrangers fidèles à leurs valeurs par une rhétorique d’exceptionnalisme.

Inventé par l’US Air Force et largement promu par le candidat John F. Kennedy pendant la campagne présidentielle de 1960, le thème du « retard balistique » américain illustre cette tactique d’amplification artificielle de la menace. Le président Dwight Eisenhower avait informé son successeur que le « retard » n’existait pas, soutient Andrew Cockburn dans le Monde diplomatique de février.

Encore aujourd’hui, les États-Unis sont en avance sur les autres pays en matière d’armement avec des dépenses chiffrées à 596 milliards en armement en 2015, presque le triple de la Chine et neuf fois plus que la Russie, d’après Courrier international. C’est à se demander ce qui presse avec l’armement des pays membres de l’OTAN?

Si la tradition républicaine de « vertu civique » se veut un engagement envers un bien commun qui transcende un profit privé, certains abolitionnistes ont vu un lien entre garder les gens en esclavage et diriger des nations contre leur volonté.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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