Ben Stiller vient se remettre en question dans votre salon

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Mélancolique de nature, Mike White ne cache jamais son optimisme naturel. Grâce à une performance de grand calibre de Ben Stiller, il en profite pour tisser une touchante crise identitaire d’une sincérité souvent désarmante dans son Brad’s Status.

Prolifique à souhait, Mike White s’est rapidement remis de l’injuste annulation de sa géniale télésérie Enlightened après deux savoureuses saisons. Si l’on préfère ne pas trop penser qu’il a collaboré aux scénarios de Pitch Perfect 3 et The Emoji Movie, on aime savoir qu’il a aussi pondu le savoureux Beatriz at Dinner cette année. Toutefois, on est encore plus rassuré de le voir reprendre les commandes de la réalisation avec Brad’s Status qui permet à Ben Stiller de nous rappeler à quel point sa fibre dramatique est efficace.

Bien sûr, on connaît davantage le comédien pour ses envolées absurdes comme dans Zoolander, ce même s’il nous a rappelé son savoir-faire dans le très touchant The Secret Life of Walter Mitty. Sauf que ce que White parvient à atteindre, c’est une justesse, une subtilité et une authenticité que Stiller n’avait pas livré depuis le Greenberg de Noah Baumbach, alors que même sa performance dans son tout autant excellent et surprenant While We’re Young semblait plus aigrie et agressive.

La pochette du coffret

Ce qui est encore mieux dans Brad’s Status, c’est que dans cette chronique sur les affres du quotidien, rien n’est tout noir ou tout blanc et le scénario s’amuse habilement à peser tous les pour et les contre, faisant de son protagoniste un antihéros aussi fort que faible. Bien sûr, Stiller est certainement utilisé comme un double, le cinéaste se permettant d’exprimer ses nombreuses craintes et inquiétudes par le biais d’un avatar, ne se limitant pour sa part que d’un bref cameo muet pour faire contre poids.

Là où le tout s’empêche de pas être qu’une énième variation sur le travail de Woody Allen, c’est grâce à la justesse des observations. Celles-ci rachètent la plupart du temps la partie face à cette assourdissante narration en voix hors champ qui paraît souvent très lourde à force de porter tout le film sur ses épaules, en plus de ne pas faire preuve de la plus grande subtilité dans ses réflexions. Certes, il y a bien sûr les questionnements familiers sur le sens de sa vie, la signification du succès et de la réussite, les regrets du passé et du présent, la richesse et la pauvreté, l’intégrité, la jalousie, l’envie et on en passe. Sauf qu’il y a aussi tout un côté fort intéressant qui remet en cause tout l’égocentrisme de l’exercice, offrant un deuxième avis fort bien accueilli à l’ensemble.

En avouant ainsi l’égoïsme et la peur de l’égoïsme de tout un chacun tout comme de l’œuvre en le remettant constamment en question, le film va au-delà des petites blagues malaisantes qui font grandement sourire, apportant une bouffée dramatique qui nous enveloppe de sa tendresse et de sa sincérité, mais aussi de sa grande honnêteté. Nous poussant du même coup à nous reconsidérer soi-même et à vivre en parallèle la crise identitaire de son protagoniste.

Également, la distribution est d’une grande générosité, alors qu’on accueille à bras ouverts la chaleurosité du jeune Austin Abrams et de la lumineuse Jenna Fischer, mais aussi l’assurance de Michael Sheen et la courte présence de Luke Wilson qui avait eu un plus gros rôle dans la télésérie de White.

L’édition DVD n’a aucun supplément, mais le disque Blu-Ray regorge de beaux segments sur les dessous de la création. Il peut également être amusant de pimenter son visionnement en essayant de reconnaître les nombreux lieux de tournage comme la vaste majorité du film a été tourné à Montréal et ses environs, incluant le quartier de Verdun.

Enfin, en privilégiant un angle profondément humain, Brad’s Status ou La vie, ma vie en version française, est une nouvelle variation sur la crise identitaire qui va avec le temps, l’âge et l’avancée de ses progénitures et de sa famille. Il n’en demeure pas moins pertinent, trouvant plus d’une trouvaille dans son sac pour ébahir et nous faire vivre un bon lot d’émotions, à l’honneur du grand savoir-faire de ceux devant et derrière l’écran.

7/10

Brad’s Status est disponible en DVD et en Blu-ray depuis le 23 janvier dernier.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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