Hochelaga – François Girard sort de sa tanière

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La fresque historique Hochelaga: terre des âmes (2018) du cinéaste François Girard a pris l’affiche le 19 janvier, un lègue incontournable au 375e anniversaire de la ville de Montréal.

Celui qui avait tourné le curieux Thirty Two Short Film About Glenn Gould (1993) pour revenir avec le sublime Violon rouge (1998) a hiberné pendant deux décennies, si l’on ne compte pas Soie (2007), grandiose pour sa direction photo, mais médiocre pour son récit adapté du roman de l’auteur Alessandro Baricco. Cette fois, de son style majestueux, François Girard remporte le pari risqué de raconter l’histoire d’une ville enracinée en Amérique du Nord sans s’égarer dans la voie de la division linguistique, voire identitaire. Le site du Mont-Royal ou de «la montagne», comme l’ont rebaptisé les adeptes du rendez-vous informel dominical «des tam-tams», y retrouve toute sa valeur fondatrice et sacrée, en accord avec les Autochtones.

Le rappeur Samian, de la Première Nation Abitibiwinni, joue un archéologue qui présente le résultat de 10 ans de recherches à un comité d’experts à l’Université de Montréal. Ses fouilles ont été effectuées dans le sous-sol du Stade Percival-Molson ou McGill, de l’autre côté de la montagne. Chaque artéfact s’accompagne d’un court-métrage nous faisant remonter le fil du temps. Tel le premier volet de la trilogie d’Alexis Martin mis en scène au théâtre par Daniel Brière, Invention du chauffage central en Nouvelle-France (2012), le premier objet est une porte de four gravée d’un bas-relief. Une scène lascive entre un coureur des bois et une élégante Autochtone s’ensuit, aussitôt. Puis, une séquence de suspense avec les Patriotes suit.

Si le violon rouge constitue le chronotope ou véhicule qui traverse les espaces-temps du film du même nom, les artéfacts présentés par l’archéologue occupent une fonction similaire sans toutefois constituer le lien pour l’ensemble du film. Alors l’archéologue, lui-même, est-il le fil conducteur comme Bob Dylan l’a été dans le film I’m Not There (2007) de Todd Haynes tourné en partie dans la métropole? Peut-être, mais avec le jeu de la généalogie ce personnage n’est pas le seul à réapparaitre dans les espaces-temps antérieurs. Si l’on se souvient bien, la couleur du violon donnait vie à l’instrument et c’est cette dimension du chronotope que François Girard ouvre davantage dans son dernier film, créant une dynamique entre l’individu et la pluralité.

Cette grappe narrative s’illustrant davantage par l’art du tressage, qui puise dans la docu-fiction typiquement montréalaise de l’Office national du film du Canada (ONF), est une création au carrefour des reconstitutions historiques des cinémas français et américains. François Girard a le même souci du détail que Patrice Leconte dans le film Ridicule (1996) ou dans l’adaptation filmique de la pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (1990). Par contre, ce cinéaste se laisse une marge de manœuvre sensible et spirituelle. Or il ne tombe pas dans le mélodrame du film Apocalypto (2006) de Mel Gibson ou de l’adaptation filmique du roman de James Fenimore Cooper, The Last of the Mohicans (1992). Sans oublier le réalisme langagier.

La splendeur de la scène où l’explorateur Jacques Cartier rencontre le chaman d’Hochelaga rappelle le rendez-vous que leurs descendants ont avec leur histoire, en marge du divertissement dans le sillon du 150e anniversaire du Canada.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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