Tokyo Vice, le mauvais bon côté du journalisme

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Intéressante, ou plutôt très intéressante lecture que ce Tokyo Vice, le récit condensé des aventures journalistiques de Jake Adelstein, juif américain ayant réussi à entrer au Yomiuri shinbun, le journal le plus populaire du Japon.

Parue chez Points, cette biographie aux allures de roman lève le voile sur une société encore pratiquement inconnue des Occidentaux… et braque les projecteurs sur certains dysfonctionnements du métier de journaliste.

Jake Adelstein, donc, réussit à être embauché au sein de ce véritable empire médiatique titrant à plus de 10 millions de copies par jour. Devant ce colosse journalistique, aucun média de l’Ouest ne peut se dresser. Et pourtant, à l’image de la société japonaise dans son ensemble, le Yomiuri n’est pas spécialement ouvert sur le monde. Malgré tout, notre personnage principal, gaijin par excellence, commence à faire ses classes.

Rapidement affecté à la couverture des affaires policières, il finira par s’intéresser de près aux yakuzas, au crime organisé, à l’exploitation sexuelle des femmes dans des bars dits « d’hôtesses », et même aux démarches illicites des grands patrons de la pègre.

Pendant la vingtaine d’années sur laquelle s’étendra son récit, l’auteur nous permet  non seulement d’en apprendre davantage sur les liens parfois plus qu’étroits entre la police, le pouvoir et le crime organisé, mais également de combler notre soif d’informations sur la société japonaise en général. Ainsi, le lecteur, et encore plus spécialement si le lecteur en question est lui aussi journaliste, comme cela est le cas pour l’auteur de ces lignes, sera stupéfait de lire que les journalistes ont bien souvent leurs bureaux à l’intérieur même des grands commissariats de police, qu’ils attendent bien souvent les conférences de presse pour poser des questions convenues en lien avec des affaires criminelles, ou encore que le personnage principal, imitant en ce sens ses collègues et ses mentors, s’est très régulièrement rendu chez divers policiers, au fil de sa carrière au Japon, pour passer la soirée avec eux, leur offrir des cadeaux, fréquenter leur famille… tout cela dans le but avoué d’obtenir des informations.

Ici, bien entendu, ce genre de pratique déclencherait fort probablement la mise à pied du journaliste concerné, et probablement le congédiement de l’agent visé.

Côté obscur

Ce qu’écrit aussi Adelstein, c’est qu’à la longue, le journalisme, le désir d’obtenir une primeur finit par saper les valeurs fondamentales sur lesquelles vient normalement s’appuyer le travail médiatique.

Ainsi, et sans donner trop de détails, Adelstein négligera sa famille, flirtera avec les gestes illégaux et ira même jusqu’à se lier d’amitié avec des criminels pour parvenir à ses fins. L’homme finit par éprouver des remords, mais lorsqu’il est question de faire tomber les pourris de ce monde, jusqu’où doit-on accepter d’aller? L’auteur pose la question, mais ne semble lui-même pas avoir la réponse.

Témoignage poignant et captivant d’une société qui nous demeure étrangère, présenté dans une édition de poche à la couverture à la fois agréable au toucher et intrigante, Tokyo Vice est un livre essentiel pour tout membre du « quatrième pouvoir » qui s’intéresse à la profession… et un titre à ajouter à la bibliothèque du lecteur moyen – et ce malgré la traduction en français de France, qui rajoute une dose d’exotisme multinational pas toujours nécessaire pour les lecteurs québécois.


En complément:

Le septième art, version Penguin Random House

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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