Froid, adaptation glaçante d’une pièce de Lars Norén

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Dans la petite salle du théâtre Propero, en sous-sol, se jouent le mots de Lars Noren, dramaturge suédois connu pour ses textes acerbes sur la cruauté du monde.

Il s’agit d’une bande de jeunes nationalistes réunis en forêt et ayant bien l’intention d’en découdre. Ils déblatèrent sur les dangers qu’amène l’immigration, et se rêvent en justiciers pour la défense de la pureté de la race, même s’il faut tuer, même s’il faut mourir.

Si le texte a été adapté en français, l’intrigue, elle, se passe en Suède.

Petite production que cette pièce d’une jeune compagnie qui a monté le spectacle à Québec l’année dernière. Ils sont quatre jeunes comédiens dont l’interprétation très juste fait trembler. Particulièrement la jeune fille, dont la violence cynique nous laisse pétrifiés. Dans cette petite salle où le public est proche de la scène, notre sensation d’enfermement et d’oppression, face à ce qui se déroule sous nos yeux, rend parfaitement hommage à l’ambition de la pièce. Voyeurs aussi un peu. On tremble certes de voir déferler tant de violence dans les mots et dans les gestes, mais on ne peut s’empêcher de se demander quelle en est la finalité. Un peu comme si nous étions devant un programme de téléréalité nous présentant les laissés pour compte de la société avec pitié.

À qui cherche-t-on à ouvrir les yeux? Il semble que nous sommes devant des scènes contre lesquelles nous ne pouvons rien, comme des témoins impuissants de la méchanceté et l’étroitesse d’esprit d’un groupe. A part nous mettre très mal à l’aise, que souhaite-t-on nous dire? On regrettera aussi un manque de scénographie criant, certainement lié un manque de financement. Scénographie qui peut amener une dimension plus grande à ce genre de pièce.

La compagnie a tout de même le mérite de s’attaquer un texte dur et puissant et l’adaptation ainsi que l’interprétation sont très réussies. Certainement une équipe de créateurs à suivre. On leur souhaite de beaux projets à venir.

Au théâtre Prospero

Du 17 octobre au 4 novembre

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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