Les finissants 2017 de l’École nationale de l’humour s’emballent

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Nouvelle salle. Nouveaux concepts. La même énergie toujours aussi palpable pour les finissants de l’École nationale de l’humour qui reviennent terminer leur tournée dans le cadre du festival Zoofest. Un rendez-vous qu’on s’assure de ne pas manquer.

Il faut se l’avouer, passer du Monument-National à l’Agora Hydro-Québec du Pavillon Cœur des Sciences de l’UQAM est loin de marquer une progression positive, alors qu’on a l’impression d’avoir inséré du mieux qu’on le pouvait cette tradition nécessaire du festival. Cela s’est fait sentir dans la mise en scène limitée, qui a dû faire fi des projections et se concentrer sur les accessoires et, bien sûr, l’énergie indubitable de ses artistes. Puisque s’il y a une chose à retenir, c’est que leur créativité n’a d’égale que leur motivation et elle, on la ressent depuis les coulisses, alors qu’ils attendent, avec une contagion trépidante, de venir nous faire rire. Ce, habituellement avec succès.

Le show des auteurs

Chaque année, les finissants auteurs de l’ÉNH pondent un spectacle unique entièrement composé de sketchs de différentes natures. Comme on se doute que l’appréciation inégale sera subjective d’une personne à l’autre, c’est constamment un pile ou face à savoir quel sera notre degré de satisfaction final.

Les auteurs de cette année ne manquent certainement pas d’idées, ceux-ci s’inspirant clairement de l’absurde et de ce qui sort de l’ordinaire. Dommage, toutefois, qu’ils vont souvent trop loin et ne semblent pas avoir assez confiance en leurs textes en misant beaucoup trop sur les costumes et/ou les accessoires (des marionnettes et des masques quand même, on n’est pas venus pour du théâtre!) qui gagnent souvent sur les gags et la dévotion de leurs comédiens.

De fait, les nouveaux visages se succèdent dans cette distribution qui manque par moment de synergie. Si Sébastien Dodge a beaucoup de plaisir et que Julie Ringuette est indéniablement sympathique, Myriam Fournier attire davantage l’attention avec ses simagrées, alors que le retour grandement nécessaire de Sébastien René lui permet de remporter aisément la palme de la réussite, brillant à chacune de ses apparitions et poussant les blagues et les textes au maximum de leurs possibilités.

Comme quoi, dès son arrivée dans « Le théâtreux », jusqu’à un hilarant rap sur les souliers crocs (fort heureusement l’un des rares véritables numéros chantés de l’année), on éclate tellement son énergie n’a pas d’égal. Du moins, jusqu’à ce que l’habituel problème de chute refasse surface. Et c’est donc dans un mélange de manque de chute et de chute trop forcée qu’on se tiendra la plupart du temps. D’autant plus qu’on a décidé, cette année, de favoriser les enchaînements en ramenant des personnages ou en liant carrément certains sketchs pour créer une impression de continuité, ce qui fait sourire, mais manque certainement de finition pour justifier entièrement le concept, autre que de créer des running gag rapides.

On apprécie néanmoins d’avoir gardé la distribution d’un « menu » offert au public, lui permettant de savoir qui de David Michaël, Rébecca Potvin-Gravel, Guy A. St Cyr, Guillaume Guérette, Sophie Gemme, Sébastien Sicard-Dequoy et Coralie LaPerrière ont écrit chacun des segments. Il y a ainsi moyen de savoir que Coralie est la p’tite vulgaire de la gang avec des sketchs pas piqués des vers, dont l’un assez marquant où une première date vire au cauchemar lorsque la proie découvre que ce qu’il croyait être une conquête est en fait une cochonne atteinte du « syndrome de Passe-Partout », transformant l’acte sexuel en émission éducative pour enfants! Faut le voir et l’entendre pour le croire.

Enfin, on rit, on sourit, mais on est aussi très confus (volontairement), puisque ces auteurs n’ont pas peur de nous sortir de nos zones de confort.

Le show des humoristes

D’année en année, les finissants sont de moins en moins inconnus lorsque vient le temps de graduer, puisque grâce à leurs confrères et la magie des réseaux sociaux, ils ont la possibilité de se faire repérer bien avant l’heure. Mieux encore, la cohorte de cette année fait preuve d’un charisme qu’on n’avait probablement pas ressenti depuis celle de 2013.

Laissés à eux-mêmes, faute de moyens, dans la salle qui leur a été confiée, si l’on oublie l’introduction qui allongeait inutilement la chose, ils ont individuellement eu sans mal la capacité de connecter avec ce qu’ils ont eux-mêmes qualifié de leur meilleur allié: le public en feu.

Bien sûr, plusieurs sujets n’ont pu être évités et de nombreux clichés se sont retrouvés dans les textes, ne donnant pas la possibilité à ses interprètes de tirer le maximum de leurs capacités. On pense à Marc-Antoine Lévesque, qui a indubitablement du plaisir à jouer des personnages et des voix, mais qui s’est plutôt cantonné dans un personnage de chansonnier semi-agaçant, semi-poche et prévisible. Même constat pour Garihanna Jean-Louis, qui met sa forte présence de côté pour interpréter un personnage plus ou moins stéréotypé qui tombe rapidement dans l’humour engagé et politique.

Le jeu des oppositions est aussi revenu à plusieurs reprises. Brian Mentis a joué les pour et les contre entre les Blancs et les Noirs, avant de tomber dans des histoires de pornographie, alors que Dominique De Maupeou a étonné dans ses histoires de lesbiennes, avant de passer aux réflexions opposant les gars aux filles. On s’est également surpris à y retrouver la comparaison à Linguini de Ratatouille que Vincent Richer nous avait lancée il y a cinq ans.

Plusieurs ont aussi osé la pente risquée des malaises. Comme la pétillante Daphné Létourneau qui a apporté un twist intéressant sur les histoires de couple en nous parlant de son copain de vingt ans de différence avec qui elle partage bien des choses comme le fait que « les deux on n’est pas morts ». Dhanaé Audet-Beaulieu s’est avérée encore plus cinglant en critiquant la télésérie Mémoire Vive et le monde de fous dans lequel on vit, en allant jusqu’à comparer les vierges à un Kinder Surprise!

D’autres ont préféré essayer les territoires plus personnels. On pense à Octave Savoie-Lortie, qui n’a pas eu peur de se comparer à ses connaissances de son âge beaucoup plus riches monétairement ou à nous parler de ses histoires de pot aux Pays-Bas. Alors que Sam Boisvert a poussé l’autodérision encore plus loin en chialant sur les adolescents. « Je suis ni beau ni laid, j’ai l’air de rien, j’ai l’air d’un adolescent » lance-t-il sans la moindre hésitation.

Là où ça s’est avéré plus gagnant, c’est lorsqu’il est question de valeurs sûres, comme le magnétique Pierre-Yves Roy-Desmarais dont le nom est « la fusion de deux noms laids ». Bien sûr, on aurait aimé qu’il pousse encore davantage l’étendue de ses blagues pour ne pas entièrement tout reposer sur son indiscutable aisance, n’en déplaise à une excellente blague sur les oiseaux, gracieuseté de sa tendre maman. Un peu comme l’a fait le survolté Mathieu Dufour, qui est allé au-delà de lui-même autant dans le démentiel sketch d’une pratique d’audition déjantée que dans son interprétation du coach Gary, un père de famille sans pitié qui lâche ses frustrations du passé sur les jeunes d’une équipe de hockey pee-wee.

Le risque créatif a toutefois été la plus méritante des bénédictions, notamment pour Brian Piton qui a enchaîné les fous rires incontrôlables en relatant sa discussion avec une pizzéria pour une pizza qu’il n’aurait jamais commandée. Un numéro absurdement rafraîchissant dans une monotonie volontaire à toute épreuve. Pendant que le délectable Antoine Durocher a essayé de faire passer son cinq minutes du mieux qu’il le pouvait en nous parlant du fascinant sujet rassembleur que sont la soupe et son proche cousin le potage. Une belle leçon de rythme qui prouvait à nouveau qu’il ne fallait pas nécessairement chercher loin pour épater. Qui aurait cru que la banalité des épices donnerait une réplique aussi savoureuse que « ça doit pas facile être une épice, y a beaucoup de compétition ».

Enfin, si l’on regrette de ne pas avoir eu la chance de découvrir Léa Stréliski, malheureusement absente de la représentation à laquelle nous avons assisté, on se réjouit d’avoir entièrement craqué pour la franchise et les nombreuses connaissances de l’irrésistible Madeline Pilote-Côté qui, en plus de parler à la troisième personne, a eu la générosité de sauter du coq-à-l’âne pour multiplier ses conseils de vie les plus utiles à notre existence. Le tout parsemé de réflexions rudimentaires comme sur l’inefficacité de l’expression « calme-toi le pompon » ou à savoir si « un nain qui décède, est-il considéré comme une grande perte? »

Enfin, c’est mercredi soir dernier que tous les finissants (auteurs et humoristes) ont ainsi gradué lors de la dernière représentation de leur spectacle respectif. Comme le talent ne manquait pas cette année, nul doute qu’on croisera encore beaucoup de ces noms et de ces visages dans les années à venir, alors que certains ont déjà commencé à s’acoquiner positivement des nombreux réseaux sociaux et des judicieuses plateformes qui s’offrent à eux. Et ce, pour notre plus grand bonheur.

Photos: Jim Chartrand / Pieuvre.ca

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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