Littérature – Une affaire peut-être pas résolue

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Le plus récent roman de Daniel Poliquin, publié chez Boréal, s’intitule Cherche rouquine, coupe garçonne et raconte l’histoire de… ou plutôt des histoires… ou même pas d’histoire du tout, en fait. Ce sont plutôt des brouillons de personnages, plus ou moins élaborés, qui sont présentés au lecteur autour d’un squelette qui est une reprise, un peu légère, de l’affaire Coffin. Affaire qui, on s’en souviendra, s’est conclue par la pendaison d’un probable innocent.

Habile dans ses descriptions, l’auteur utilise tantôt une langue châtiée, tantôt un français mâtiné du québécois le plus savoureux. On peine cependant à saisir pourquoi il fait le saut de l’un à l’autre et cela nuit à la fluidité du texte.

Les liens avec le personnage de Bill Blewett (l’équivalent de Wilbert Coffin) sont parfois évidents et parfois forcés. On se demande pourquoi l’auteur a choisi de faire référence à une affaire judiciaire qui a été tellement médiatisée. Manquait-il d’inspiration pour attacher les ficelles de son histoire? Il est vrai que dans une société en mutation, le Québec des années soixante, la ribambelle de personnages choisie par l’auteur n’est pas aisée à asseoir à la même table: prêtre défroqué, mère célibataire, lesbienne, journaliste véreux, policier sans courage, voici quelques exemples de la faune que Poliquin tente de lier autour de la recherche d’une certaine vérité sur l’affaire Blewett, de la recherche d’une certaine vérité sur la nature humaine.

Si certains personnages sont solidement construits, la psychologie des certains autres, au lieu d’être bâtie peu à peu, est régurgitée en bloc, comme si l’auteur craignait de manquer de temps pour s’y prendre de façon graduelle. Encore là, l’inégalité du ton déstabilise.

Malgré la présence quasi constante d’une légèreté un peu dérangeante, c’est peut-être à la déclaration de culpabilité d’une certaine innocence, celle d’Odette (mère célibataire), celle de Jean-Jacques (prêtre défroqué), que nous convie l’auteur. Si c’était bien là son intention, nous pouvons alors dire: mission accomplie.

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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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