La bibliothèque interdite, une heure dans le dédale mental d’un poète argentin

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Au Théâtre de Quat’sous, Brigitte Haentjens et Sébastien Ricard présentent cet opéra-tango intimiste écrit et composé par Denis Plante. Une pièce vivante et tonitruante sur l’acte créateur et l’importance des mots.

Buenos Aires 1941, c’est le temps des milongas et des affaires de justice. Un poète aux airs de Luis Borges est arrêté par la police. On lui reproche d’être le conservateur d’une bibliothèque « interdite », un lieu tortueux qui recèlerait des livres et des textes, une pensée que l’État considère comme un danger.

Accompagné de trois musiciens de tango, Sébastien Ricard est le seul interprète de cette fresque tantôt politique, tantôt poétique qui se joue des codes classiques du théâtre.

Par une alternance de chant et de jeu, dans une ambiance rétro, se déploie la lutte du poète enfermé. Rien ne fera perdre à notre poète l’amour et l’obsession des mots qu’il utilise avec virtuosité, convaincu qu’il réussira prouver à l’inspecteur l’étendue de leur beauté et de leur emprise. Ces mots et ces histoires l’habitent au quotidien et lui tiennent compagnie pendant son enfermement. Il dialogue avec les plus grands écrivains et se projette dans les plus vieux mythes. Il se rappelle Homère, Arianne, Dédale et Icare, jusqu’au Minotaure qui lui apparaît en personne, tout droit sorti de son labyrinthe. Labyrinthe mythique, labyrinthe physique, labyrinthe des pensées, le poète est enfermé en lui-même autant qu’entre les murs de la prison. Mais ce poète reclus, est-il vraiment seul s’il continue de penser et de rêver aux textes qui le nourrissent? La prison est-elle celle qui nous enferme physiquement ou celle de la censure de la pensée?

Finalement, la pièce est un dédale de vers, de mythes, de légendes, d’auteurs et de digressions pendant que la partition tango se mêle d’influence de chanson française. D’aucuns reconnaitront d’ailleurs Charles Aznavour au loin. La langue de Denis Plante est bien belle et l’interprétation de Sébastien Ricard, remarquable. On notera l’audace de certains passages presque fantastiques, références lointaines peut-être au réalisme magique si propre à l’Amérique du Sud.

Au théâtre de Quat’ sous, du 5 au 13 avril 2017

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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