À l’Espace Go, nous sommes tous des jeunes filles en quête de manifeste

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Mathilde Perallat

À L’Espace Go, avec le Manifeste de la jeune fille d’Olivier Choinière, on s’interroge sur notre capacité à être heureux, à changer le monde ou à l’observer de loin dans l’impuissance générale voire dans une certaine indifférence.

Le thème ne cesse décidément d’inspirer le théâtre: comment vivre dans un monde qui manque profondément de sens?

Choinière propose un grand défilé, une valse d’accoutrements et de maquillages en tous genres, de masques, de paillettes, et de montées de podiums dans ce grand Manifeste de la jeune fille, celle qui est en nous tous, tous victimes de la société capitaliste ultra-consumériste.

Change-t-on de discours et de positions comme on change de vêtements? Quelles sont les grandes phrases qui dictent désormais nos comportements sans qu’on ne le remette plus en cause? Construit en trois grands actes, c’est une répétition des questions (et de réponses formatées) qui ne cessent de nous obséder à différents niveaux de notre vie quotidienne. Les enjeux individuels d’abord, notre capacité à être heureux dans un monde où la consommation et la technologie régissent nos vies, nos désirs, et façonnent nos frustrations en pourrissant notre présent. Il y a ensuite les enjeux sociétaux et environnementaux qui envahissent les discours, et alimentent les peurs de l’avenir. Puis enfin les dérives religieuses et les dégâts possibles d’une histoire déjà en cours. Que faisons-nous dans tout ça? Quelle position adopter et comment être non seulement conscients, mais actifs ? C’est effectivement un sujet inépuisable.

Ils sont sept sur scène, hommes, femmes, d’âge, de tailles et de « formes » différents. Tous incarnant ceux qui avec nous partagent cette vie, et subissent les mêmes pressions, questionnements et l’envie d’être heureux, sans être pour autant complètement égoïstes. La troupe est énergique, les dialogues sont drôles et la mise en scène en trois actes, dans cette répétition infernale fonctionne. La première heure et demie aurait pourtant suffi à nous faire apprécier la pièce et le dernier acte, qui rajoute peu au propos qu’on a déjà bien compris, lasse un peu. La pièce se termine par une mise en abime un peu bancale sur la place du spectateur de théâtre face à une pièce. On pourra aussi regretter qu’une fois encore, ce soit les mêmes éternelles questions qui soient posées sans pour autant tenter d’apporter de solution, qu’elle soit en termes d’action ou simplement à visée philosophique ou poétique. Certains apprécieront néanmoins des moments savoureux et le plaisir de reconnaître des têtes bien connues.

Au théâtre Espace Go

Du 24 janvier au 18 février

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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