The Refugee Hotel, plus pertinent que jamais

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Mathilde Perallat

Le Centre Segal présente The Refugee Hotel du Teesri Duniya Théâtre, une pièce bilingue anglais-espagnol (surtitres) racontant l’histoire de ces Chiliens ayant fui la dictature de Pinochet et trouvé refuge au Canada dans des hôtels où ils étaient accueillis temporairement. C’était un autre 11 septembre dont on parle moins, celui de 1973. Dans ces lieux d’hébergement, la nouvelle vie de ces réfugiés politiques commençait.

La pièce est écrite par Carmen Aguirre, qui est elle-même arrivée enfant du Chili à Toronto avec sa famille, et mise en scène par Paulina Abarca-Cartin, elle aussi immigrée à Montréal dans les mêmes conditions. Carmen Aguirre fait le portrait de ses gens – dont certains arrivaient directement des camps de concentration où ils avaient été détenus et torturés – entre soulagement d’être sauvés et sentiment de trahison envers les leurs. Situations familiales difficiles, débats intérieurs et réactions post-traumatiques sont au cœur du sujet que souhaite traiter Aguirre sans pour autant jamais le faire dans la lourdeur et le drame. Le ton est, sans doute à l’image de ce que le Canada inspirait et permettait, au respect des histoires personnelles et collectives, douloureuses et pleines de contradictions mais portant l’espoir qu’une renaissance est possible sur cette autre terre. Dans un décor un peu simple, une façade et des portes battantes symbolisant la frontière avec l’extérieur, qu’ils ont quitté, et l’entrée dans cette nouvelle maison qu’est l’hôtel, une grosse distribution partage la scène. La plupart ont des origines sud-américaines et participent à représenter la communauté discrète de ces immigrants ou enfants d’immigrants faisant partie intégrante de la diversité culturelle montréalaise.

Malheureusement le texte ne prend pas. On aurait aimé rentrer dans un peu plus de profondeur de sentiments et d’intimité dans un spectacle de 110 minutes (avec entracte) écrit à partir d’une histoire personnelle. Les sujets sont abordés de manière quelque peu anecdotique et superficielle ce qui ne nous permet pas d’accéder à l’émotion que l’on vient chercher au théâtre. Finalement ce n’est ni un témoignage historique ni un témoignage personnel. On aimerait voir le théâtre anglophone prendre plus de risques artistiques, pousser plus loin ses comédiens dont la diversité est une force, et les scénographies qui manquent d’audace et de modernité.

Il faut accorder à la pièce qu’en ces temps troublés partout dans le monde et notamment en Syrie, elle a une résonnance toute particulière. Il reste de Refugee Hotel une sorte d’hommage au Canada qui a reçu des centaines de Chiliens fuyant la dictature, la pièce rappelle que le Canada est encore aujourd’hui une terre d’accueil et de mélange de culture assez unique.

Au Centre Segal Studio

Du 26 octobre au 13 novembre

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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