J’aime Hydro, Christine Beaulieu face au complexe du Castor

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Mathilde Perallat

Pendant dix jours au Théâtre de la Licorne, Christine Beaulieu raconte son enquête auprès d’Hydro-Québec. Épisodes 1, 2, et 3.

Sous forme de théâtre documentaire, la comédienne nous fait part de son travail pour essayer de mieux comprendre les enjeux d’Hydro-Québec dans la province, de démêler le vrai du faux, d’éclaircir les débats forcenés qui animent la population et les médias, mais sur lesquels il est difficile d’avoir une opinion éclairée.

Il est indéniable qu’Hydro-Québec tient une place particulière dans le cœur et la vie des Québécois. C’est en faisant de la compagnie une société d’État que René Lévesque a pensé faire de son peuple un peuple libre et indépendant en le rendant autonome dans sa production énergétique. Aujourd’hui, ce système est remis en cause, les débats sur l’environnement et l’efficacité énergétique font rage, les factures d’électricité augmentent, et notre relation à Hydro-Québec se complexifie.

En partant du constat que malgré le fait que la société soit en surproduction d’énergie, elle continue à construire des barrages, tel un castor détruisant de ce fait les paysages et les écosystèmes, Christine commence son enquête. Sans partis-pris, elle cherche des bribes de réponses et nous rapporte ses conversations avec des représentants d’associations de protection de l’environnement, dirigeants d’Hydro-Québec, cinéastes engagés, économistes et sociologues ayant tous des avis différents, parfois concordants, d’autres fois divergents, mais toujours apportant une pièce à l’édifice de l’explication.

N’attendez pas de la pièce de réponses définitives à vos questionnements, tout reste en débat. Finalement ce sont beaucoup de questions qui sont soulevées plus que de réponses fermes apportées. C’est néanmoins un sujet réellement passionnant.

Habilement mis en scène par Philippe Cyr, le spectacle d’un peu plus de deux heures file à toute vitesse. Christine Beaulieu porte le sujet entre humilité et intimité et ne lésine pas sur les anecdotes de cette aventure aussi personnelle que d’intérêt général. Elle est accompagnée sur scène de Mathieu Gosselin qui interprète brillamment tous ses interlocuteurs (dont Annabel Soutar) et Mathieu Doyon qui fait du beau travail au son. La scénographie est légère, mais juste apportant avec créativité la bonne quantité d’éléments à l’histoire.

La pièce se laisse parfois aller à beaucoup de digressions personnelles, certes fort divertissantes par le talent de la comédienne-enquêtrice et on reste parfois sur notre faim en termes d’informations et de documentation. Il faudra peut-être attendre les épisodes 4 et 5 pour être rassasiés et pouvoir – enfin! – oser aborder ce sujet chaud aux repas de famille.

Si vous ne pouvez pas vous rendre au Théâtre de la Licorne, vous pouvez écouter en radiodiffusion simultanée l’intégralité du spectacle jusqu’au 10 septembre à partir du lien suivant, ainsi que donner votre avis pour participer à l’enquête.

Les deux derniers épisodes 4 et 5 seront à l’Usine C du 4 au 13 avril 2017.

Théâtre de la Licorne,

du 30 août au 10 septembre 2016

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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