Indignation: faire et ne pas faire

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Jim Chartrand

Par moment trop appuyé, trop écrit et trop mis en scène, s’il n’échappe pas à divers pièges du premier long-métrage, Indignation s’avère un très bon film qui tire grandement avantage de ses excellents interprètes, mais aussi de son certain classicisme qui ne fait que berner sa façon de se défaire des conventions.

Il est facile d’être intéressé lorsque Logan Lerman interprète le protagoniste d’une histoire. C’est d’autant plus invitant lorsqu’il reprend le talent qu’il avait précédemment exploité dans le brillant The Perks of Being a Wallflower. Et si les incertitudes de l’adolescence sont encore de la partie, on change l’époque et les circonstances et on se retrouve en pleines années 1950, entre la guerre et les manières.

Bien sûr, le rythme lent et les allures par moment théâtrales de l’ensemble, que ce soit par la narration en voix off ou l’effet trop bien placé des plans de caméra et de la disposition des choses et des gens dans le cadre, pourraient ne pas convenir à tous. Pourtant, Indignation a de quoi fasciner puisque ce dont il parle a encore le moyen d’avoir son écho aujourd’hui, notamment dans sa façon d’aborder le désir, les regrets et la manière d’essayer de se sortir du moule des convenances.

Ainsi, Logan Lerman devient encore meilleur lorsqu’on le jumelle à des interprètes avec autant de dévotion, que ce soit par le biais de la lumineuse Sarah Gadon, ou surtout, avec Tracy Letts qui s’avère un frère cosmique inattendu à Jeff Daniels, dans une scène anthologique de débat. Un tremplin magnifique à sa distribution qui n’a pas peur de se lancer dans des situations souvent inconfortables.

Miroitant ce que Todd Haynes faisait déjà dans son somptueux Carol de l’an dernier, James Schamus, qui a collaboré longuement avec Ang Lee, prouve ici que le classicisme n’empêche pas de traiter de sujets qui surprennent. Il prouve même que cela aide probablement davantage à ne pas tomber dans la dérision ou le ridicule et à faire passer ses messages progressivement.

Indignation est alors nuancé. Pas toujours subtil, mais d’une grande délicatesse, ne se contentant pas de traiter des juifs, du pouvoir et de tout le reste avec la même facilité que le ferait tant d’autres films. Il faut se laisser imprégner par l’ensemble et laisser son parfum nous envahir de ses nombreux charmes et réaliser la certaine importance qu’il laisse échapper à plus d’un moment.

Bien sûr, créé comme d’une parenthèse, à l’image des vies qu’on aura toujours plus fantasmées que proprement vécues, le film paraîtra plutôt simpliste au bout du compte, mais c’est en y repensant qu’on y trouvera ses plus grandes forces tout comme de tous les non-dits qui en auront toujours plus long à dire.

7/10

Indignation prend l’affiche en salles ce vendredi 5 août

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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