Mary Poppins: juste pour… ?

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Chloé Ouellet-Payeur

Lors de la première, le 28 juin, le Théâtre St-Denis est plein. Tout le monde semble attendre cet événement avec impatience. Sur le programme du spectacle ainsi que sur le site internet du festival Juste pour rire, producteur du spectacle, on peut lire qu’il s’agit de « La plus grandiose comédie musicale jamais produite par Juste pour rire ».

Avant que le spectacle ne débute, on rappelle aux spectateurs d’éteindre leurs cellulaires et autres appareils électroniques, afin de mieux se plonger au début du XXe siècle, une époque où de tels appareils n’avaient pas encore été inventés. La voix enregistrée dont l’accent anglais est très prononcé nous met en contexte dès le début de manière ludique, à l’image de Juste pour rire.

L’histoire de Mary Poppins, roman écrit en 1934 par Pamela Lyndon Travers, adapté pour l’écran en 1964 par Walt Disney, puis pour la scène en 2004, se passe en Angleterre en 1910. Serge Postigo, metteur en scène et adaptateur de cette reprise québécoise, nous offre une première version française du spectacle présenté 2004 en Angleterre, puis à New York en 2006. L’esthétique globale de cette nouvelle comédie musicale Mary Poppins semble s’être figée dans le temps depuis la sortie du célèbre film dans les années 60. On voit rapidement qu’il s’agit d’une transposition, de l’écran à la scène, fidèle au film original, plutôt que d’une adaptation contemporaine du classique Mary Poppins. Je m’y attendais, mais j’avoue tout de même avoir été déçue de l’absence de renouvellement.

Le rythme du spectacle était plutôt équilibré en première partie. Cependant, après l’entracte, le temps semblait passer plus lentement. Alors que mon attention commençait à se dissiper, j’ai été ramenée à l’ordre grâce à la danse des ramoneurs. Avec des percussions corporelles et l’intégration de bâtons de ramonage dans une danse de groupe très énergique, le chorégraphe Steve Bolton a su créer un beau moment de partage avec le public. L’effet de masse y est efficace et les interactions avec le public sont amusantes. C’est sans doute le moment le plus fort du spectacle.

Les interprètes ont su créer de la magie. Nos parents sont heureux de revoir jouer René Simard, enfant-vedette des années 70, dans le rôle de M. Banks. Personnage assez caricatural, sa relation avec ses enfants est touchante et amusante à la fois, amenant une réflexion sur le rôle paternel. J’ai particulièrement apprécié Alexandra Sicard et Alessandro Gabrielli, qui rendent avec justesse les personnages de Jane et de Michael, les enfants de M. Banks. On sourit à plusieurs reprises grâce au fort caractère de leurs personnages. De plus, ils chantent à merveille.

Hélas, quelques moments se voulant spectaculaires, comme les envolées aériennes de la protagoniste et d’un grand cerf-volant lumineux, perdent leur magie à cause de failles techniques. L’envers du décor est trop visible pour que l’impact puisse être fort. C’est donc difficile d’y croire. Cependant, le public est réactif et enthousiaste. On est heureux de voir se recréer, en chair et en os, un film que l’on a grandement apprécié. On est aussi heureux de voir notre cher René Simard y apparaître.

Ce spectacle a suscité plusieurs questionnements chez moi. Pourquoi reprendre aujourd’hui ce classique de 1964 en n’amenant rien de plus que ce qu’amenait déjà le film? À quoi bon se déplacer au théâtre, dans ce cas? Aussi bien rester dans le confort de son sofa et visionner le film original avec la magnifique July Andrews, pour beaucoup moins cher, et voir des effets visuels plus intéressants. Avec un peu de recul, j’en suis cependant arrivée à la conclusion que rester fidèle au film pour l’amener sur scène serait peut-être, paradoxalement, un choix qui reflète notre monde actuel. Avec les conditions précaires dans lesquelles les acteurs des milieux artistique et culturel sont contraints de travailler, on préfère ne pas trop prendre de risques. Plutôt que d’essayer quelque chose de nouveau, on préfère réutiliser une formule gagnante. On remâche un film dont le succès a été grand et on inclut un grand nom dans la distribution. On peut ainsi revoir briller une vedette appréciée du public québécois, et l’apprécier dans la reprise d’un film à succès.

Malgré tout, beaucoup de gens semblent avoir apprécié. La comédie musicale tant attendue est présentée au Théâtre St-Denis jusqu’au 28 juillet.

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À propos du journaliste

Chloé Ouellet-Payeur

Rédactrice de la section Culturel de Pieuvre.ca, Chloé Ouellet-Payeur se passionne pour le spectacle vivant. Ancienne gymnaste de compétition, son intérêt pour le potentiel expressif du corps athlétique l’amène à faire carrière en danse contemporaine. Bachelière de l’Université du Québec à Montréal, elle est également diplômée du programme de formation professionnelle en interprétation de l’École de danse contemporaine de Montréal. Pratiquant son art professionnellement en tant qu’interprète, chorégraphe et enseignante, elle collabore régulièrement avec des artistes issus d’autres disciplines telles que le cirque et le théâtre. Elle s’intéresse particulièrement à l’expérience du spectateur du spectacle vivant contemporain, dont les codes sont en constante redéfinition. Elle se donne la mission de démystifier la danse contemporaine, cet art vibrant et éphémère souvent perçu comme étrange ou inaccessible, puisqu’il essaie plus souvent d’être vrai que d’être joli.

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