Motherless Brooklyn: quand Chinatown rencontre Rain Man

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Disponible dès aujourd’hui en 4K, Blu-ray et DVD, Motherless Brooklyn est un film noir réalisé par Edward Norton, dont la particularité est de mettre en vedette un détective souffrant du syndrome de Gilles de La Tourette.

New York, 1957. Atteint de la maladie de Gilles de La Tourette, Lionel Essorg n’est pas un détective comme les autres. Être constamment secoué de spasmes et de tics nerveux, sans oublier cette incontrôlable manie le poussant à vociférer de bien étranges phrases à tout bout de champ, ne facilite ni la filature ni l’infiltration, mais l’homme, que la plupart surnomment « Freakshow », possède également une mémoire photographique, un atout de taille pour un limier. Lorsque celui qui lui a donné une chance en l’embauchant à l’agence L&L, Frank Minna, est abattu dans des circonstances nébuleuses, Lionel cherche à venger la mort de son mentor et ami, mais son enquête le plongera au cœur des tensions raciales de l’époque, sur les traces de Moses Randolph, le puissant Commissaire du Borough Authority contrôlant la construction et le développement urbain à Brooklyn.

La pochette du boîtier

Avant même sa publication en 1999, Edward Norton a acquis les droits du roman Motherless Brooklyn de Jonathan Lethem, et s’il a fallu deux décennies avant qu’il ne se concrétise, l’acteur s’est clairement investi à fond dans ce projet, dont il signe le scénario et la réalisation, en plus de le produire et d’y tenir le rôle principal. Bien que les tensions raciales, la cupidité des promoteurs immobiliers ou la corruption des élus soient des sujets d’actualité (l’intrigue du livre se déroule d’ailleurs dans un contexte contemporain), Norton fait le choix de transposer le récit dans le New York de la fin des années 1950, ce qui lui permet de puiser dans l’esthétique du film noir et d’ajouter une dimension historique au scénario en calquant son personnage de Moses Randolph sur le controversé urbaniste Robert Moses, mais avec une durée de 2h30, le montage aurait bénéficié d’être resserré, afin de diminuer les longueurs.

S’articulant surtout autour de la performance d’Edward Norton, on peut facilement qualifier Motherless Brooklyn de film d’acteur. Il est facile de tomber dans la caricature en essayant de dépeindre les symptômes d’une maladie connue pour ses excès, mais Norton fait preuve d’assez de retenue pour que son interprétation demeure crédible, et touchante de vulnérabilité. Au-delà des spasmes et des tics faciaux, le comédien scande surtout une « salade de mots » constante, comportant des calembours, des itérations d’un même terme, et des vulgarités, ce qui donne une saveur vraiment unique au long-métrage. Même si les autres personnages disposent d’assez peu de temps d’écran en comparaison, des vétérans comme Willem Dafoe, Alec Baldwin, Bruce Willis, Bobby Cannavale, Leslie Mann ou Michael Kenneth Williams, complètent cette distribution stellaire.

Image tirée du film

Pour sa deuxième production derrière la caméra (l’autre étant Keeping the Faith en 1999), Edward Norton fait preuve d’une maturité surprenante, et la réalisation de Motherless Brooklyn est manifestement influencée par l’esthétique du film noir en général, et par le Chinatown de Roman Polanski en particulier. La reconstitution du New York de 1957 est ambitieuse, avec ses voitures, ses costumes et ses rues entières nous replongeant au cœur du Brooklyn de l’époque, et la direction photo multiplie les cartes postales. Comme dans la majorité des polars, on a droit aux monologues internes du détective à maintes reprises, et le long-métrage baigne dans une musique jazz mur-à-mur, qui vient en quelque sorte appuyer le « scat » verbal de Lionel Essorg.

En plus du long-métrage sur disque Blu-ray et d’un code pour télécharger une copie numérique, l’édition haute définition de Motherless Brooklyn compte également une piste de commentaires du réalisateur, une demi-douzaine de scènes inédites (collées bout à bout dans montage de cinq minutes au lieu d’être présentées séparément comme c’est habituellement le cas), et un Making Of d’une dizaine de minutes où Edward Norton parle de sa passion pour le livre et des motivations qui l’ont poussé à l’adapter au grand écran, et où les comédiens principaux évoquent leur expérience de tournage sous sa direction.

Malgré sa lenteur et ses longueurs, Motherless Brooklyn apporte un éclairage inédit à la formule du film noir avec son détective souffrant du syndrome de La Tourette, et le long-métrage mérite certainement un visionnement, ne serait-ce que pour la puissante performance d’Edward Norton.

6.5/10

Motherless Brooklyn

Réalisation : Edward Norton

Scénario : Edward Norton (d’après le roman de Jonathan Lethem)

Avec : Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin, Bruce Willis, Willem Dafoe Bobby Cannavale, Leslie Mann et Michael Kenneth Williams

Durée : 144 minutes

Format : Blu-ray (+ copie numérique)

Langue : Anglais, français, espagnol et portugais


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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