Le magnifique réalisme guerrier de 1917

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Il y a quelque chose de troublant, dans les magnifiques paysages désertiques de 1917, le film de guerre de Sam Mendes qui rafle les honneurs depuis même avant sa sortie en salles, à la fin de l’an dernier. Ce trouble peut être associé à bien des choses, bien sûr, mais nul doute que le choix même de l’époque où situer l’action suscite des sentiments distincts chez les cinéphiles.

Après tout, le scénario du film a déjà été vu des dizaines, voire des centaines de fois: un soldat doit avertir des alliés qui risquent de tomber dans un piège, et devra surmonter de nombreux obstacles pour atteindre son but. Idem pour les diverses techniques visant à donner l’impression que le long-métrage n’est qu’une seule prise quasi-continue de deux heures; un oeil aguerri aura tôt fait de découvrir les endroits où les raccords ont été effectués pour créer l’illusion.

Non, ce qui vient chercher le spectateur, c’est cette impression de vide. Outre les soldats coincés dans une tranchée aux allures de réduit claustrophobique des débuts, et les dernières minutes du film, où d’autres troupes britanniques se préparent à donner l’assaut, on ne trouve souvent que deux, ou même une seule personne à l’écran. Devant et derrière elle, les mornes plaines de la Belgique, parfois épargnées par la fureur des combats, d’autres fois jonchées de trous d’obus, de corps en putréfaction et de fil de fer barbelé. Cette dichotomie frappe, écrase, terrifie. Car la guerre, ou plutôt les films de guerre, ce sont normalement la camaraderie, le sens de l’honneur, l’idée d’être éventuellement appelé à sacrifier sa vie pour sa patrie, tout en sachant que ses frères d’armes sont à ses côtés, prêts à lutter eux aussi. Ici, c’est plutôt une épopée qui tient de la mission suicide, avec une issue plus qu’incertaine.

Se pourrait-il qu’à l’image de la véritable Première Guerre mondiale, 1917 tente de dépeindre la vacuité de ce conflit mondial? Se pourrait-il que devant un ennemi pratiquement invisible, qu’il est même parfois quasiment impossible de distinguer de ses propres alliés, que devant une guerre industrialisée qui a fait disparaître le peu d’humanité qu’il restait à l’idée d’un conflit, l’on en vienne à remettre en question ses idéaux de démocratie, de triomphe du Bien sur le Mal, de respect de la patrie? « Ce n’est même pas notre foutu pays », lancera un compagnon d’armes de notre héros, lors d’une brève rencontre quelque part sur la plaine. Le pouvoir britannique, soucieux de défendre son allié français et de protéger la Belgique, a effectivement envoyé sa jeunesse mourir dans les tranchées et le no man’s land boueux des Flandres. Un massacre continental alimenté par des généraux en mal de gloire qui n’avaient pas saisi toute la puissance meurtrière dont ils disposaient. Ou avaient-il plutôt que trop bien saisi cette opportunité qui s’offrait à eux?

Mendes, qui est entre autres connus pour Skyfall, un autre film magnifique, réussit de nouveau, ici, à en dire beaucoup en très peu de mots. La vie, la guerre, l’espoir, l’horreur, la patrie, le sacrifice… Tout est dans cette épopée, tout est dans ces paysages, cette course contre la mort et contre le désespoir. 1917 est un superbe exercice de style qui a le mérite, si l’on excuse deux ou trois moments incongrus, de nous faire vivre une partie d’un conflit encore méconnu, mais dont les conséquences sont toujours perceptibles aujourd’hui.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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