Télévision – L’aventure rocambolesque du Witcher

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Surprenante proposition que celle du Witcher, le plus récent pari télévisuel de haut vol de Netflix. Adaptée de la série de livres et de jeux vidéo de cet étrange univers fantastique est-européen – et plus précisément du premier recueil de nouvelles –, la télésérie prouve hors de tout doute qu’il n’est certainement pas nécessaire de disposer des fonds de HBO ou de la maestria de Peter Jackson pour séduire un public en manque de divertissement avec une bonne dose de magie.

Sur un continent vivant à l’époque médiévale, mais où la magie, les malédictions et les créatures surprenantes (et parfois mortellement dangereuses) sont légion, Geralt of Rivia erre en tentant tant bien que mal de gagner sa vie comme « sorceleur » – witcher, en langue originale –, soit une sorte de mercenaires chargé de tuer les monstres qui hantent le territoire et terrorisent les habitants. Résultat d’une théorie de conversion forcée qui tue 70% des enfants qui y sont soumis, Geralt dispose d’une force et d’une longévité supérieure à la moyenne des hommes, mais ces pouvoirs (et son apparence quelque peu repoussante, avec ses cheveux blancs et ses yeux jaunes) suscitent la crainte de la populace. Ses services sont donc requis, mais sa présence est rarement souhaitée.

S’il affirme être détaché des affaires du monde, ne s’occupant que de gagner suffisamment d’argent pour vivre et prendre soin de son cheval, Roach, Geralt (interprété par Henry Cavill, entre autres connu pour avoir joué Superman dans les films de l’univers de DC Comics) a en fait un grand coeur, et souhaite venir en aide aux humains dans le besoin.

Une bonne âme

Le voilà donc impliqué, largement contre son gré, dans les tensions géopolitiques au sein du royaume de Cintra, dont la reine Calanthe a établi une sorte d’empire élisabéthain. Empire qui s’effondrera en début de saison, victime d’une attaque implacable de Nilfgaard, sorte de puissance obscure et malfaisante. Ironiquement, toutefois, si les divers royaumes peuplant le continent sont clairement d’inspiration médiévale, avec un roi riche et des paysans miséreux, Nilfgaard pratique une forme de sociale-démocratie, ou plutôt de socialisme. L’économie y est mieux gérée, et si on ne parle certainement pas de principes démocratiques, chacun semble au moins avoir un petit quelque chose à soi, ne serait-ce qu’un travail qui permet de se nourrir. Mieux vaudrait-il, alors, s’effacer devant les ambitions de conquête du tyran?

Cette idée d’hégémonie n’est certainement pas au goût du Concile des sorciers, dont les membres versés dans la manipulation des éléments et les sorts jouent le rôle de conseillers des rois et reines, n’hésitant pas, parfois, à donner un coup de pouce pour faire pencher la balance du « bon » côté. C’est au sein de ce Concile que Yennefer, notre deuxième personnage principal, fera son entrée. Enfant mi-humaine, mi-elfe, bossue et handicapée, elle possède de grands pouvoirs qu’on la poussera à développer. Mais la maîtrise du chaos a un prix, et pour se rendre belle et forte, elle sacrifiera une partie d’elle-même. Quelques années plus tard, l’attrait du pouvoir sera trop grand, et elle quittera le Concile pour accroître davantage son influence.

C’est là que Geralt et elle se croiseront, au détour d’aventures qui, on le verra rapidement, ne se déroulent pas toujours au même moment. L’une des particularités de la série est le fait que l’on ne nous prend certainement pas par la main. On aurait peut-être souhaité une carte, comme à chaque générique des épisodes de Game of Thrones, mais non. Pas d’explications à propos de l’univers, non plus. Il faudra se fier aux bribes captées ici et là, ou encore se tourner vers les livres. Ce processus narratif, lourd et complexe au cours des deux premiers épisodes de cette saison qui en compte huit, se simplifie heureusement par la suite. Et cette capacité de dévoiler un univers complexe sans devoir trop en simplifier le fonctionnement est aussi l’une des forces de la série.

Est-ce que cette première saison de The Witcher est parfaite? Malheureusement non. Le scénario est parfois alambiqué, le monde dans lequel les personnages évoluent est un peu trop complexe pour que des néophytes comprennent tous les aspects importants de l’histoire, et c’est à la fin du huitième épisode que l’on se dit qu’on aurait bien pris quelques aventures de plus. Heureusement, Netflix offrira une deuxième saison l’an prochain. En attendant, il y a quantité de livres et de jeux à découvrir…

L’un des principaux attraits de cette série, d’ailleurs, c’est non seulement que l’on ne s’appuie pas sur de la nudité gratuite, à l’image de Game of Thrones, mais aussi – et surtout! – que l’on propose un monde où tout n’est pas noir et blanc, mais où les gens ayant commis des gestes répréhensibles y ont souvent été poussés par une série de circonstances échappant à leur contrôle. Personne n’est vraiment héroïque, ou carrément cruel; c’est plutôt une question de point de vue, et cette perspective bien plus réaliste fait le charme de la série. À voir!


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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