Plongée dans l’univers de Bosch en ouverture de Montréal complètement cirque

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Pour le 500e anniversaire (et des poussières) de la mort de Jérôme Bosch, le peintre sans doute le plus énigmatique de toute l’histoire de l’art, Les 7 doigts signent une plongée à la fois onirique, poétique, pédagogique, comique et un peu circassienne dans l’univers des tableaux du peintre hollandais. Le 10e festival Montréal complètement cirque est ouvert.

Conservé au musée de Prado à Madrid, le triptyque du Jardin des délices (comme les autres œuvres du peintre) continue de faire couler beaucoup d’encre auprès des historiens de l’art et autres. Quatre tableaux en un. Fermé, il représente assez clairement notre planète, mais grisâtre et où n’apparaissent aucun ton de rouge. Ouvert, si les deux panneaux latéraux correspondent en gros à une scène de la Genèse à gauche et à une autre de l’enfer chrétien à droite, celui du centre ne ressemble à rien d’autre que le monde totalement étrange et fou du peintre lui-même. Des êtres nus qui s’aiment, mangent des fruits rouges, nagent ou chevauchent des animaux fabuleux dans une nature d’où émergent des architectures comme on n’en a jamais vu nulle part.

Peut-être qu’un jour, une signification non encore élucidée sera découverte pour l’ensemble de ce tableau qui ne peut que faire rêver pour l’instant…

Du coup, chacun y va de son interprétation théorique, voire de son inspiration pour créer une œuvre influencée par le génie hollandais. Savador Dali et Jim Morrison sont de cette catégorie. Et le spectacle les intègre aux personnages, que sont un pseudo conférencier en histoire de l’art, qui n’éclaire pas beaucoup l’énigme de cette œuvre et des autres, et sa fillette de 12 ans qui suit de loin la conférence de son papa.

Le plus intéressant, et sans doute le mieux réussi, est cette plongée à l’intérieur même des tableaux de l’artiste. Grâce à des vidéos magiques dans lesquelles nos personnages se promènent dans tout l’univers matériel, animal et humain de Bosch, sans compter quelques objets insolites qui lui sont empruntés: un œuf monumental d’où émergent ses monstres médiévaux et touchants, une bulle immense où une contorsionniste exécute ses acrobaties, une sorte de grenouille géante qui avale un humain dont on ne voit plus qu’une jambe… on réalise le rêve de tout enfant de plonger physiquement dans la tête de l’artiste. Et lorsqu’il s’agit de Jérôme Bosh, l’imagination est à son comble.

Ainsi voyage-t-on à travers de nombreux tableaux, non seulement Le jardin des délices, mais aussi L’escamoteur, La cure de la folie, Le chariot de foin, ou la roue des Sept péchés capitaux… et côtoie-t-on de très près tout l’univers fabuleux du peintre. C’est bien sûr l’occasion de proposer quelques numéros de jonglages, d’acrobaties et de jeu sur un trapèze ou un mât chinois. Mais la part d’art circassien est minime et les amateurs de cirque seront peut-être un peu déçus. Le spectacle n’en demeure pas moins superbe, les effets spéciaux étonnants et magiques, et c’est vraiment l’occasion de découvrir ou de redécouvrir ce peintre dont on n’a pas fini de parler et de profiter de l’influence.

Festival Montréal complètement cirque

Bosh Dreams du 4 au 14 juillet 2019, à la Salle Pierre-Mercure

Coproduction: Les 7 doigts de la main et Republique

Sur scène: Vladimir Amigo, Elisa Breuer Penello, Marie-Ève Dicaire, Raphael Filiatreault, Émile Mathieu, Timothé Vincent et Léah Wolf


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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