The Dead Don’t Die: s’envahir d’inutile

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Bien connu des cinéphiles, le cinéaste Jim Jarmusch a rarement fait le saut vers un cinéma plus grand public, avec sa vision singulière sur la banalité de la vie et l’inévitabilité de la mort. De le voir tenter de se lancer dans quelque chose de plus accessible permet de comprendre son hésitation, avec ce décevant The Dead Don’t Die, qui le lance dans plus de directions qu’il n’est capable d’en gérer.

Le genre du zombie a pris de l’expansion dans la dernière décennie et après avoir visiblement fait le tour ad nauseam sur cette variante de l’apocalypse et de la thématique de l’épidémie, on ne semble plus en mesure d’y mettre un terme.

Certes, la comédie n’est pas toujours le ton de prédilection qu’on aime associer à ce dérivé de l’horreur, quoique l’humour a habituellement sa part de prestige (on pense au remarquable Shaun of the Dead). Toutefois, on a habituellement du plaisir à regarder ce genre de film, puisque ces essais sont habituellement jouissivement meta, s’amusant avec les codes et les attentes pour mieux revirer les situations à leur avantage.

Il s’agit d’une pratique à laquelle le film ici présent ne dit certainement pas non. Dès le départ, The Dead Don’t Die prend en compte les notions sur les zombies apprises au cinéma (il faut s’en prendre à la tête) et s’amuse à référencer régulièrement le cinéaste au passage, que ce soit subtilement (Adam Driver interprétant cette fois un Peterson au lien d’un Paterson, son film précédent) ou directement.

Il serait donc facile de louanger Jarmusch pour ne pas avoir négligé son propre style et ses nombreuses signatures en se lançant dans un projet aussi tordu. Il faut toutefois plus qu’une distribution étincelante qui rallie d’ailleurs de nombreux fidèles des films précédents, un ton monotone aux répliques scintillantes et une poésie simpliste pour ajouter à la qualité de l’ensemble.

De fait, plus le film avance et plus il est difficile de comprendre les véritables intentions du cinéaste. Outre l’aspect comique et meta mentionnés précédemment, le film s’amuse également à philosopher sur l’existence, à s’en prendre à la technologie et à y glisser de nombreuses critiques politiques et écologiques au passage. Cela peut être acceptable jusqu’à un certain point, mais il n’y a ici aucun sens du dosage et on ne sait plus où donner de la tête dans ces voies empruntées foncièrement discordantes.

L’affiche du film

Vides apparents

Certes, on ne s’attend pas à plus qu’un film qui tourne un peu en rond de la part de Jarmusch, mais il y a néanmoins des limites à essayer de combler les vides apparents. Il est d’autant plus dommage de le voir ne pas donner de la substance plus consistante à une distribution aussi alléchante. Bien sûr, tout le monde y trouve plus ou moins son compte et fait du mieux qu’il peut avec le peu qu’on lui offre, même Carol Kane et son apparition aussi longue que celle déjà vue dans la bande-annonce, ou Selena Gomez qui surprend à nouveau dans ses choix de projets, plusieurs années après le controversé Spring Breakers.

Sauf qu’on attend un peu plus de la part de Bill Murray, qui a eu mieux à offrir dans Zombieland ou Chloë Sevigny qu’on réduit aux larmes et aux crises. Il en va de même pour les Tom Waits, Danny Glover, Iggy Pop, Steve Buscemi et on en passe qui méritaient certainement plus que ces personnages fortement unidimensionnels.

Fort heureusement, il y a cette irrésistible Tilda Swinton, qui gagne le film et crève l’écran à chacune de ses apparitions, maniant l’étrange, comme de coutume, mais également le sabre, comme personne d’autre. Sauf que si l’on n’aurait pas dit non à faire tournoyer le film autour de son aura, sa simple présence ne parvient pas à excuser les trop nombreuses faiblesses qui envahissent la production.

Ainsi, le film joue d’insistance et de répétition sans trop se donner la peine de se forcer dans quoi que ce soit. Un petit ralenti ici et là, des effets spéciaux aléatoires au besoin et une agaçante chanson-thème comme leitmotiv.

La première scène dans le cimetière a beau être plutôt réussie et le design des zombies assez joli au regard, il n’y a certainement pas assez de moments satisfaisants pour équilibrer tous les autres où l’on s’ennuie. Les personnages et les lieux s’entremêlent pêle-mêle, donnant l’impressionner de semer les bases d’une future série télé et on finit par philosopher avec une intolérable insistance sur la vraie nature de la métaphore du zombie, pour quiconque ne l’avait pas compris avec le centre commercial de Romero.

Loin de son splendide Dead Man ou de la banale beauté de son Broken Flowers, Jarmusch renoue pourtant avec tout ce qui a fait sa renommée sans pour autant s’efforcer d’ajouter à sa propre mythologie, se jouant de cynisme et de parodie, voulant gruger et se nourrir de genres qu’il s’approprie sans trop de considération. Pour ceux que le très satisfaisant Only Lovers Left Alive n’avait pas rassasié, ne vous attendez donc pas à mieux y combler votre appétit, ici.

5/10

The Dead Don’t Die prend l’affiche en salles ce vendredi 14 juin.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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